Hollande et Ayrault veulent se préserver du scandale

Pour François Hollande qui s’était fait fort d’incarner une « République irréprochable», c’est un cataclysme dont les répercussions vont bien au-delà de la simple erreur de casting.

Et en plus, on lui ment. Comme si l’avalanche de mauvais résultats économiques, de couacs gouvernementaux et de mauvais sondages ne suffisait pas au malheur du président de la République, le voici donc désormais dépeint en crédule à qui Jérôme Cahuzac a pu jurer «les yeux dans les yeux» qu’il ne détenait pas de compte en Suisse. Pour François Hollande qui s’était fait fort d’incarner une «République irréprochable», c’est un cataclysme dont les répercussions vont bien au-delà de la simple erreur de casting. Et c’est d’ailleurs avec des mots d’une rare violence que le chef de l’État a commenté le dernier rebondissement de l’affaire.

«Impardonnable faute morale»

« Le président de la République prend acte avec grande sévérité des aveux de Jérôme Cahuzac devant les juges d’instruction concernant la détention d’un compte bancaire à l’étranger (…) En niant l’existence de ce compte devant les plus hautes autorités du pays ainsi que devant la représentation nationale, il a commis une impardonnable faute morale», tranche le chef de l’État, dans un communiqué publié mardi après-midi. Face à ce qui prend la tournure d’un scandale d’État, impossible de faire moins. Car déjà, à droite, des voix s’élèvent pour mettre en cause François Hollande et Jean-Marc Ayrault.

À commencer par celle de Jean-François Copé. Plus grave pour Hollande, ces mises en cause sont également venues de la majorité, et notamment des Verts. «S’il est avéré que (…) l’Élysée est au courant depuis décembre et qu’aucune mesure à ce moment n’a été prise, on est en droit de s’interroger sur la notion de l’intérêt général qui préside dans ce pays», critique Pascal Durand, le secrétaire national d’Europe Écologie-Les Verts (EELV). Et au sein du Parti socialiste, on est à peine moins énervé.

« Je n’avais aucune raison de ne pas le croire »

Jean-Marc Ayrault

Mardi soir sur France 2, Jean-Marc Ayrault s’est efforcé d’éteindre la polémique naissante. «Je n’avais aucune raison de ne pas le croire», a assuré le premier ministre en ajoutant: «Je ne savais rien car nous n’avions aucun élément qui pouvait nous prouver le contraire.» Il a ensuite demandé à Jérôme Cahuzac «de tirer toutes les conséquences de ce mensonge particulièrement grave, à l’égard de la République, à l’égard de l’État républicain, à l’égard des Français, et de ne plus exercer de responsabilité politique, quelle qu’elle soit»

Car au fil de ce que Cahuzac décrit lui-même comme «une spirale du mensonge», ce n’est pas seulement le chef de l’État qu’il a berné. C’est aussi le gouvernement et la représentation nationale, comme l’a rappelé Ayrault disant apprendre la vérité «avec tristesse et consternation». «Il a menti et il nous a trahis», a déclaré le premier ministre, avant de demander à Cahuzac de «ne plus exercer de responsabilité politique».

« Je n’ai pas, je n’ai jamais eu de compte à l’étranger, ni maintenant ni avant »

Jérôme Cahuzac, le 5 décembre, devant l’Assemblée nationale

Si pour l’ex-ministre du Budget, le plus cruel est passé avec sa démission, le plus dur reste à venir: affronter les mensonges qu’il n’a cessé de réitérer depuis le début de l’affaire en décembre 2012 avec le premier article de Mediapart assurant qu’il avait détenu un compte à l’étranger. «Je n’ai pas de compte en Suisse et n’en ai jamais eu», assure-t-il alors en annonçant le dépôt d’«une plainte au pénal contre l’auteur de l’article et son directeur de publication» pour diffamation. C’est à ce moment-là qu’il assure à François Hollande «les yeux dans les yeux» n’avoir jamais détenu de compte en Suisse. Dans la foulée, il prend l’Assemblée nationale à témoin en jurant devant les députés: «Je n’ai pas, je n’ai jamais eu de compte à l’étranger, ni maintenant ni avant». La mécanique est lancée, Cahuzac ne pourra plus faire marche arrière et s’enfonce dans sa «spirale».

Lorsque l’enregistrement qui l’accuse est publié, il réplique: «Aucun des prétendus éléments matériels dont Mediapart croit disposer ne sont convaincants, ne m’impressionnent ni ne peuvent ébranler ma détermination à poursuivre mon action.» Puis, le lendemain, à propos de la voix de l’enregistrement: «Je nie en bloc et en détail (…) Ça ne peut pas être moi, puisque je n’ai jamais eu de compte à l’étranger.» À l’ouverture de l’enquête judiciaire qui précipite sa démission, il reste sur la même ligne: «Cela ne change rien ni à mon innocence ni au caractère calomniateur des accusations lancées contre moi.»

Sans doute cette accumulation participe-t-elle de l’ampleur de la déflagration des aveux. Mais désormais, la pression a changé de côté. Jérôme Cahuzac a avoué, c’est au pouvoir de s’expliquer.

lefigaro.fr

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