Le lobby des armes en passe de dicter sa loi à Obama

Trois mois après le massacre de 20 enfants dans une école de Newtown, Barack Obama renouvelle son appel à un renforcement des réglementations sur les armes à feu alors que les textes, en négociation au Congrès, ont peu à peu été vidés de leur substance.

Barack Obama était attendu mercredi dans le Colorado pour tenter de ressusciter un projet de loi sur le contrôle des armes à feu aujourd’hui moribond au Congrès. Il ira mardi prochain dans le Connecticut. Les deux États ont réussi à adopter des lois plus restrictives après le massacre de Newtown, qui avait fait 28 morts, dont 20 enfants, il y a plus de trois mois dans le Connecticut, et celui d’Aurora, qui avait causé la mort de 12 personnes dans le Colorado en juillet 2012. Le président entend démontrer avec ces exemples qu’une action est possible.

En décembre dernier, il avait déclaré que la tuerie de Newtown avait changé les choses. L’Amérique, choquée par le carnage, en était elle aussi convaincue. Mais trois mois plus tard, rien n’a vraiment bougé à Washington.

Le projet de loi qui doit être examiné à la mi-avril au Sénat s’étiole de jour en jour, alors que la NRA mène une intense campagne de lobbying contre tout contrôle. S’il ne passe pas au Sénat, où plusieurs élus républicains ont promis de le bloquer, il aura encore moins de chances de succès à la Chambre des représentants, contrôlée par le Parti républicain.

Le projet comportait initialement quatre volets. Le premier prévoyait une interdiction des armes d’assaut, comme celles qui ont servi à Newtown et Aurora. Le chef de la majorité démocrate au Sénat, Harry Reid, l’a finalement exclu du projet de loi en mars, en expliquant qu’il n’avait pas le soutien nécessaire dans son propre camp.

Le deuxième volet prévoyait l’interdiction des chargeurs à haute capacité. Jugé trop controversé, il a disparu aussi. Les deux mesures peuvent être réintégrées comme amendements, mais n’ont pratiquement aucune chance de passer.

Limiter les contrôles

Le troisième volet, celui prévoyant un registre fédéral des propriétaires d’armes, semblait presqu’acquis il y a trois mois. Mais après avoir été dénoncé par la NRA comme une manœuvre du gouvernement fédéral pour confisquer les armes dès le prochain massacre, il est aujourd’hui moribond.

Cette mesure, soutenue par 90 % de la population, est pourtant considérée comme la plus susceptible d’avoir un effet sur la violence par armes à feu. Depuis le lancement du système de vérification d’identité des acheteurs, instauré en 1994, le Bureau des statistiques judiciaires estime que 1,9 million de tentatives d’achats d’armes par des criminels et des délinquants ont été évitées. Mais 40 % des transactions sont toujours exemptes de contrôle, notamment sur Internet et dans les foires aux armes.

Le quatrième volet du projet de loi prévoit un durcissement des amendes réprimant le trafic illégal d’armes, notamment lorsqu’il implique des intermédiaires ayant un casier vierge. Or, la NRA vient de proposer une formulation forçant la police à prouver que le vendeur ou l’intermédiaire savent que l’acheteur final a des intentions criminelles, une mesure qui rendrait la loi pratiquement inutile.

Certains partisans d’un contrôle strict reprochent à Barack Obama d’avoir attendu trop longtemps et passé trop peu de temps à négocier avec les sénateurs du camp républicain, dont certains étaient réputés plus faciles à convaincre. La Maison-Blanche a rétorqué mardi que si une loi était facile à adopter, ce serait le cas depuis longtemps.

lefigaro.fr

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