Le scandale Cahuzac contraint Hollande à une initiative politique

Le chef de l’État a annoncé mercredi des mesures en faveur de la moralisation de la vie publique.

L’incendie gagne l’Élysée. Après l’aveu de Jérôme Cahuzac mardi et les mots extrêmement durs de François Hollande, le chef de l’État a solennellement pris la parole mercredi matin à l’issue du Conseil des ministres dans une allocution enregistrée avant son départ pour le Maroc.

Mis en cause par l’opposition, qui l’accuse d’avoir eu connaissance très tôt de l’existence d’un compte à l’étranger de son ancien ministre du Budget, le président de la République s’est d’abord efforcé de contrer ces attaques en martelant: «J’affirme ici que Jérôme Cahuzac n’a bénéficié d’aucune protection autre que celle de la présomption d’innocence.» Face aux développements du scandale, le plus grand risque pour François Hollande serait de perdre complètement le contrôle. Alors, il a organisé la contre-attaque. Elle est osée. Si les aveux de Jérôme Cahuzac ont anéanti la «République exemplaire» qu’il se targuait de mettre en œuvre, c’est justement sur ce terrain qu’a décidé de répliquer le chef de l’État. «Le pire, dans cette affaire, c’est qu’elle est une démonstration par l’absurde que la République exemplaire, ça marche», assure un visiteur de l’Élysée.

C’est en tout cas pour la «renforcer» que François Hollande a annoncé trois mesures visant à lutter de «manière impitoyable contre les conflits entre les intérêts publics et les intérêts privés» et à assurer une «exemplarité totale» des responsables politiques. Concrètement, le gouvernement présentera dans les semaines qui viennent un projet de loi visant à rendre public le patrimoine des ministres et des parlementaires. Ensuite, les élus condamnés pour fraude fiscale ou corruption se verront interdits d’exercer un mandat public. Enfin, à l’été, le Conseil supérieur de la magistrature sera réformé pour «renforcer l’indépendance de la justice». Voilà pour la République exemplaire et la première étape de la riposte.

Bombe à fragmentation

Cela sera-t-il suffisant? Vraisemblablement pas au regard de l’ampleur du séisme politique. D’autant qu’avant l’aveu, le chef de l’État était englué dans un marasme économique et social sans précédent sous la Ve République. Au point d’avoir commencé à réfléchir à la façon de se sortir du bourbier. «Il y a clairement le sentiment qu’après l’élection présidentielle, quelque chose n’a pas pris, aussi bien à Matignon qu’au gouvernement et au PS», raconte un député socialiste.

Resserrer le gouvernement? Y faire entrer des poids lourds? Changer de premier ministre? Désormais, François Hollande veut prendre un peu de temps. Et mesurer les répercussions de l’affaire auprès des Français. «Toute réaction à chaud serait prise pour une réaction de panique. Il n’y a pas d’autre choix que de faire le dos rond», assure un proche du premier ministre. Pourtant, un premier sondage publié par Harris Interactive pour LCP donne une idée de l’étendue des dégâts dans l’opinion publique: 86 % des Français estiment que l’affaire Cahuzac est «grave» et 6 Français sur 10 pensent que l’exécutif l’a mal gérée.

Alors que faire? Si la bombe Cahuzac se révèle à fragmentation, le risque pour François Hollande est alors de se condamner à vivre ce qu’il reste de son quinquennat en spectateur. Déjà, dans l’opposition, des voix s’élèvent pour demander qui une dissolution (Marine Le Pen), qui un remaniement (Jean-François Copé), qui une enquête parlementaire (l’UDI de Jean-Louis Borloo), qui une loi de moralisation de la vie publique (François Bayrou), qui la démission de l’exécutif (Christine Boutin).

De toutes ces idées, c’est la piste du remaniement qui prévaut. Mais elle comporte aussi son lot d’inconvénients. D’abord parce que moins d’un an après son élection, ce serait pour François Hollande un aveu d’échec. Ensuite parce qu’une telle mesure suppose une réorientation politique. Or, à en juger par sa dernière prestation télévisée, le chef de l’État n’a pas prévu de l’engager. Enfin parce qu’utilisée trop tôt, cette arme serait moins efficace par la suite.

Jusqu’à présent, François Hollande n’envisageait de l’utiliser qu’en fonction des élections à venir, municipales et européennes. Le problème, c’est qu’il est désormais acculé. Un influent conseiller résume: «Le remaniement, il va s’imposer à nous.»

lefigaro.fr

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