Le président et la stratégie du dos rond

François Hollande et le gouvernement s’efforcent de recentrer leurs discours sur la crise économique, en attendant que la tempête déclenchée par l’affaire Cahuzac se calme.

Après une semaine de scandale politique, les images auraient été décalées. François Hollande a renoncé au déplacement envisagé samedi en Corrèze, son fief. Le chef de l’État voulait une rencontre populaire. Il ne voulait pas avoir à répondre à nouveau à l’affaire Cahuzac. Il ne pouvait pas non plus prendre le risque de s’exposer aux interrogations de son électorat, en pleine crise de confiance, et à l’exaspération de ses opposants.

Quelques petites manifestations étaient prévues: opposants au gaz de schiste, à l’aéroport Notre-Dame-des-Landes, au mariage pour tous, des syndicalistes aussi… Le chef de l’État se contentera d’un aller-retour rapide à Tulle, pour une remise de la Légion d’honneur à la préfecture à des personnalités du département. «Il s’y était engagé», explique-t-on à l’Élysée. Les cartons d’invitation étaient déjà envoyés! Il déjeunera ensuite avec des élus qui lui feront part de leurs avis sur la crise. Et puis repos? François Hollande continuera de consulter, écouter et réfléchir à la meilleure façon de faire face.

L’hypothèse d’un remaniement écartée, le chef de l’État est décidé à faire le dos rond. L’orage va passer, estime-t-il. D’ailleurs, dans l’avalanche de sondages, l’un d’eux peut le conforter. Selon l’institut BVA 42 % des Français considèrent que l’affaire ne concerne pas le gouvernement. Et 45 % des personnes interrogées sont satisfaites de la manière dont le chef de l’État gère le scandale. Vu la tempête, ce n’est pas si mal. Le tout étant de savoir si le plus gros est passé ou si d’autres révélations vont venir alimenter à nouveau la crise. Deux ministres se trouvent désormais en difficulté: les ministres de l’Économie et de l’Intérieur, Pierre Moscovici et Manuel Valls. Tous deux sont sommés de dire ce qu’ils savaient de l’affaire.

«Faire reculer tous les risques d’atteinte à la loi»

En attendant, le gouvernement s’efforce de recentrer son propos sur la crise économique et sociale et les «outils» mis en place pour en sortir. Lundi, Jean-Marc Ayrault se rendra ainsi en Indre-et-Loire pour visiter deux entreprises et vanter le plan de compétitivité présenté début novembre. Tout pour éviter d’entretenir le feuilleton. Mais forcément, le premier ministre ne peut pas échapper aux questions.

Vendredi lors d’un déplacement en Bavière il a assuré être «en train de préparer» des mesures «d’une très grande fermeté» sur la moralisation de la vie politique et promis que le gouvernement prendrait «les décisions les plus sévères et les plus courageuses» pour «faire reculer tous les risques d’atteinte à la loi, d’atteinte à la probité».

Avant l’aveu de Jérôme Cahuzac, ni le premier ministre ni le président de la République n’étaient très audibles sur leurs mesures de sortie de crise. Cela s’est lourdement aggravé. «On travaille, il n’y a pas de panique à bord», assure-t-on à l’Élysée. «François Hollande a beaucoup de sang-froid. (…) Les Français ne supportent pas ce qui s’est passé. Mais ce n’est pas une crise de régime, c’est une crise de confiance qui prend sa source dans la question du chômage», a déclaré le député de Paris Jean-Christophe Cambadélis, vendredi sur i-Télé en proposant un «référendum» sur les institutions.

Pris en tenailles entre une droite qui ne le lâche pas et une gauche de la gauche qui lui a déclaré la guerre, le pouvoir exécutif est comme asphyxié. D’autant qu’au Parti socialiste, c’est toujours la sidération. «Les relations se tendent avec les électeurs et les militants», constate un député. Les déclarations de certains ministres, jeudi, ont aussi participé à l’exaspération. Notamment quand Manuel Valls a assuré que lui, contrairement à Jean-Marc Ayrault, aurait «viré» Arnaud Montebourg lors de l’affaire Florange. «Certains ministres se sont lâchés», semble-t-on regretter à l’Élysée sans vouloir dramatiser. Pour organiser la riposte, François Hollande va devoir à nouveau rappeler à l’ordre son équipe.

lefigaro.fr

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