Par référendum, l’Alsace dit non à la fusion des collectivités

Les Alsaciens ont refusé que les conseils généraux et le conseil régional ne fassent qu’un.

Le conseil unique d’Alsace ne verra pas le jour. Même si plus de 57% des Alsaciens ont voté pour, la fusion du conseil régional avec les deux conseils généraux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin est rejetée. Car ce référendum d’initiative locale, voulu par les élus alsaciens, était soumis à une double condition: il fallait que le oui l’emporte dans les deux départements, mais aussi que la participation atteigne 25% des inscrits.

Si le oui l’a emporté dans le Bas-Rhin, avec 67,53 % des suffrages, il n’a cependant réuni que 23% des inscrits. Et, contre toute attente, 55,74 % des Haut-Rhinois ont dit non, avec une participation légèrement plus forte. La ville de Colmar, dont le maire UMP, Gilbert Meyer, avait pris position contre le projet, a voté contre. Si le oui l’a emporté d’une paille à Mulhouse, il domine largement à Strasbourg, alors que le maire, Roland Ries (PS), s’est abstenu et que la majorité de son équipe a prôné le non. «Les Alsaciens ont manqué d’audace », déplorait hier soir un élu proche du président du conseil régional, Philippe Richert (UMP).

Il y a un mois pourtant, un sondage CSA donnait le oui gagnant avec près de 75% des suffrages, et une marge assez confortable dans le Bas-Rhin. C’est le sud de l’Alsace où la participation posait question. La barre de 25% des inscrits, introduite pour la première fois dans un référendum, pouvait ne pas être franchie. Cependant, le rapport de force semblait alors en corrélation avec le fort soutien dont a bénéficié ce projet vieux de trente ans dans les trois assemblées.

Soutenu par la quasi-totalité des élus régionaux et départementaux, le projet a eu l’appui de l’UMP, de l’UDI, du MoDem, d’Europe Écologie-les Verts, et d’une partie des socialistes. Le non a coalisé les extrêmes, du Front national au Front de gauche, avec l’appui de Debout la République. Ce sont aussi les seules formations à avoir mobilisé leurs leaders parisiens. Philippe Richert avait décliné l’offre de Jean-François Copé. «C’est l’affaire de l’Alsace», estimait-il. La région avait nettement voté pour Nicolas Sarkozy l’an passé.

Pourtant, au fil de la campagne, le doute s’est instillé dans l’esprit d’une partie des électeurs et le non s’est radicalisé. Comment expliquer cette différence entre les deux départements? Sans doute peut-on rappeler que les négociations entre Philippe Richert, le Bas-Rhinois Guy-Dominique Kennel et le Haut-Rhinois Charles Buttner, ont traîné durant trois ans pour aboutir à la proposition d’une double présidence, avec une assemblée qui se réunirait à Strasbourg et un exécutif qui siégerait à Colmar.

Un projet sans doute trop complexe

Sans doute la population a-t-elle trouvé le projet de fusion trop complexe, et trop loin de ses préoccupations immédiates qui sont, en Alsace aussi, la situation économique et l’emploi. Et la crise est plus importante dans le Haut-Rhin, plus industriel. Les deux extrêmes, le Front national comme le Front de gauche, dont les leaders sont venus à Mulhouse, ont d’évidence engrangé des voix, y compris dans le milieu rural. Enfin, on ne peut pas faire abstraction du climat politique national et de l’affaire Cahuzac qui a nourri, dans une partie de la population, le «tous pourris» et la méfiance envers les politiques, oubliant que le référendum était d’initiative régionale. Voilà qui ne devrait pas inciter le gouvernement – attentif au signal donné par les Alsaciens – à entreprendre des réformes institutionnelles.

lefigaro.fr

Cette entrée a été publiée dans Actualités, Politique. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Réagir