L’Amérique presse l’Europe de lever le pied sur l’austérité

Pierre Moscovici rencontrera aujourd’hui à Paris Jacob Lew, son homologue américain.

La rencontre aura finalement bien lieu! Après une première annulation surprise, qui avait mis les médias américains en émoi, le cabinet de Pierre Moscovici lui a finalement dégagé un créneau pour rencontrer son homologue du Trésor américain, mardi après-midi, à l’ambassade des États-Unis. «Les deux ministres devaient se voir, à l’origine, en plein milieu de la séance des questions au gouvernement et dans le contexte actuel il était impératif que Pierre Moscovici se tienne sur le banc du gouvernement, aux côtés du premier ministre Jean-Marc Ayrault, pour répondre aux députés», explique-t-on à Bercy.

Le ministère des Finances avait donc proposé dans un premier temps de reporter la rencontre d’une semaine, lors des entretiens annuels du FMI et de la Banque mondiale, à Washington. Mais, face à la surprise des Américains et aux risques que cette annulation faisait peser sur la réputation de la France, Bercy a fait machine arrière. Rater ce rendez-vous aurait été d’autant plus malvenu que Pierre Moscovici a toujours trouvé, aux États-Unis, un puissant écho au souci français de concilier l’austé­rité budgétaire à l’impératif de croissance. C’est exactement le discours que Jacob «Jack» Lew, arrivé au Trésor il y a un mois à peine, a tenu à Bruxelles au premier jour de son voyage éclair en Europe. «La santé et la stabilité de l’Europe nous tiennent énormément à cœur (…), et j’ai été particulièrement intéressé par les plans de nos partenaires européens pour renforcer la demande en cette période de hausse du chômage», a lâché l’ancien secrétaire général de la Maison-Blanche après s’être entretenu avec le chef de la Commission, José Manuel Barroso, et le président du Conseil, Herman Van Rompuy.

Soutenir la demande

Avant son départ de Washington, l’Administration Obama avait exposé ses vues sur l’Europe en termes moins diplomatiques, notamment en direction de l’Allemagne: la poursuite du marasme économique et financier de l’UE «fait peser un risque sur la reprise américaine», expliquait un haut responsable du Trésor, et «il est vital que les pays européens en excédents fassent davantage pour soutenir la demande» sur le Vieux Continent. C’est à peu de chose près ce que François Hollande s’obstine à plaider depuis onze mois auprès d’Angela Merkel.

Jack Lew aura trouvé deux autres occasions d’enfoncer le clou. D’abord à Francfort lundi soir, avec Mario Draghi, président de la BCE, qui s’inquiète lui aussi d’une demande européenne «plus faible que prévu» en 2013. Et surtout mardi matin avec son homologue à Berlin, Wolfgang Schäuble. Malgré des ­signaux d’alarme répétés au Portugal, en Espagne et désormais en France, l’Allemagne n’a jusqu’ici montré aucune intention de stimuler sa demande interne, voire de desserrer l’étau budgétaire dans la zone euro. À six mois d’une échéance législative décisive pour la chancelière, le successeur de ­Timothy Geithner risque de se heurter au même mur…

Pour son premier voyage officiel à l’étranger, le secrétaire au Trésor avait préféré la Chine, terre de croissance, à une Europe qui peine toujours à se sortir de l’ornière après cinq ans de crise. Mais c’est clairement l’instabilité financière et le risque d’une rechute du Vieux Continent qui préoccupent les États-Unis.

Sans éclat de voix mais fermement, Jack Lew a visiblement voulu faire passer le message en direct aux Européens, avant deux échéances économiques et financières sensibles: un huis clos des ministres des Finances de l’Eurogroupe sur la conduite à tenir dans trois jours à Dublin, suivi du forum de printemps du FMI et de la ­Banque mondiale à Washington. Il pourra désormais le dire face à face au ministre français qui aurait été le seul, sinon, à ne pas l’entendre de vive voix en Europe, s’il avait annulé le rendez-vous.

lefigaro.fr

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