Le voyage agité de Poutine en Allemagne

Le président russe a été accueilli lundi au salon de Hanovre par quatre manifestantes aux seins nus.

Vladimir Poutine ne s’est pas laissé déstabiliser par l’accueil déplaisant qui lui a été réservé, lundi, à la foire industrielle de Hanovre. Harangué par quatre manifestantes aux seins nus aux cris de «Va te faire f…, dictateur!», le président russe a balayé d’un trait d’humour la contestation en affirmant avoir apprécié le spectacle. Critiqué ouvertement par Angela Merkel, il a reconnu que leurs points de vue divergeaient sur le traitement à réserver aux organisations non gouvernementales (ONG) en Russie.

«Il faut que les ONG puissent travailler librement» en Russiedans l’intérêt d’une «société civile vivante», a plaidé la chancelière allemande lors d’une conférence de presse commune avec Poutine. «Bien sûr que cela les entrave si on contrôle leurs disques durs» d’ordinateurs, a-t-elle ajouté dans une salve saluée par l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch.

La veille, Merkel avait déjà interpellé Poutine sur les problèmes rencontrés par plusieurs organisations internationales en Russie, dont des fondations politiques allemandes. Les enquêtes dirigées contre ces ONG ont provoqué le courroux des partenaires de Moscou. Elle a demandé que l’on «donne leur chance aux organisations non gouvernementales, aux multiples associations dont (les Allemands savent) qu’elles sont un moteur d’innovation». L’innovation sera un élément essentiel de la modernisation et de la diversification de l’économie russe. «Nous sommes convaincus que cela réussit particulièrement bien quand il y a une société civile active», a-t-elle dit en prenant ses distances avec les manifestantes dénudées tout en défendant leur droit d’expression.

Nombreuses divergences

Affirmant ne pas avoir entendu ce qu’elles avaient crié, Poutine a déclaré: «Je n’ai pas vu si elles étaient blondes ou brunes. (Mais) le mieux est de ne pas déranger l’ordre, et si quelqu’un veut mener une discussion politique, il devrait le faire tout habillé, nous ne sommes pas sur une plage nudiste.» Il a par ailleurs reconnu des «divergences» avec la chancelière dans les relations avec la société civile.

Élevée en ex-RDA, Angela Merkel maîtrise le russe, tandis que Vladimir Poutine, qui a travaillé pour le KGB à Dresde (est de l’Allemagne), parle allemand. Cependant, leurs relations sont particulièrement tendues depuis le retour de Poutine au Kremlin. En novembre 2012, un séjour de Merkel à Moscou avait été marqué par une première passe d’armes sur les droits de l’homme. Mais, en dépit de leurs divergences, les deux dirigeants ont souligné la force de la relation qui unit les deux pays. Les échanges bilatéraux ont pointé à 74 milliards d’euros l’an dernier, et Poutine s’attend à ce que la barre des 100 milliards d’euros soit franchie prochainement. L’Allemagne est très dépendante du gaz et du pétrole russes.

Après son passage en Allemagne, le président russe était attendu de pied ferme à Amsterdam dans la soirée. Des milliers de défenseurs des droits des homosexuels devaient l’accueillir aux Pays-Bas, premier pays au monde à avoir autorisé le mariage homosexuel en 2001, pour protester contre des projets de loi russes hostiles aux gays et aux lesbiennes.

lefigaro.fr

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