Le baron du PS Pas-de-Calais devant les juges

« Ce qui vous est reproché est un vol de bourgeois », a lancé le procureur à l’ancien député maire Jean-Pierre Kucheida.

Il est arrivé serein, a serré quelques mains. Et malgré les mois d’enquête, une garde à vue en octobre et une médiatisation importante, Jean-Pierre Kucheida est resté droit dans ses bottes. «Ce n’est pas le procès du siècle, cette affaire, mais le procès d’une époque, celle où vous étiez président de la Soginorpa, 2004-2012», lance le procureur de la République, Éric Vaillant.

C’est le jour J, celui où l’ancien député maire socialiste s’explique devant la justice. Lui qui est cité dans plusieurs enquêtes en cours, notamment au sujet du financement de la section PS de Liévin, a débuté son long parcours judiciaire. Mardi, l’ancien maire de la ville du Pas-de-Calais était jugé pour abus de biens sociaux par le tribunal correctionnel de Douai. Défendu par Me Franck Berton, Jean-Pierre Kucheida a dû répondre de l’utilisation de la carte bleue du bailleur social Soginorpa pour 47.000 euros.

Cette fois, le «baron du bassin minier» a parlé. De baron, il n’a pourtant plus vraiment les lettres de noblesse. «Je suis… j’étais maire de la ville de Liévin», hésite-t-il en début d’audience. Mais l’ancien maire n’a pas justifié toutes ses dépenses, des milliers d’euros qui, mardi, étaient l’objet des interrogations du ministère public. Jean-Pierre Kucheida aurait utilisé la carte Bleue mais aussi la carte essence (à hauteur de 4300 euros) de la Soginorpa (laquelle s’est constituée partie civile à la dernière minute) pour des raisons personnelles ou professionnelles sans lien avec le bailleur social. «De 2004 jusqu’au phénomène médiatique, jamais personne ne m’a parlé, par écrit au moins, de justificatifs pour les dépenses en carte Bleue», répond l’ancien président du bailleur social.

Bien sûr, Jean-Pierre Kucheida a présenté les tickets, ou quasiment tous, mais il manque la justification des dépenses avec l’activité de la Soginorpa. Mais, argumente son avocat, «il n’y a pas de dissimulation établie par cette enquête».

«Ce qui vous est reproché est un vol de bourgeois»

Éric Vaillant, procureur de la République

Et Jean-Pierre Kucheida a tout remboursé. Même les 7000 euros dépensés à Malte. Mais le préjudice est toujours là: la Soginorpa a été salie, estime la partie civile. Le procureur ajoute que certaines dépenses auraient pu être prises en charge par d’autres organismes pour lesquels il travaillait comme l’Assemblée nationale. «On juge dans cette salle des délinquants ordinaires, on y juge souvent des voleurs en col bleu et plus rarement des voleurs en col blanc, remarque Éric Vaillant. Ce qui vous est reproché est un vol de bourgeois.» Et puis, il y a aussi cette accusation d’abus de biens sociaux pour lui, et de recel d’abus de biens sociaux pour sa fille Marie, au sujet d’un livre de photos pour laquelle la fille Kucheida a touché 12.000 euros. Pour son avocat, Me Damien Legrand, le dossier «s’est construit sur une déraison médiatique, poursuivi sur la fantasmagorie policière et se termine par une ineptie juridique».

Mais c’est bien son père avant tout qu’on juge à Douai, pourtant convaincu qu’il a dépensé tout cet argent dans l’intérêt de la Soginorpa, alors qu’on l’accuse d’avoir eu «un intérêt matériel et moral». Au terme d’un long réquisitoire, le procureur de la République a requis un mois de prison avec sursis et 12.000 euros d’amende à l’encontre de Marie Kucheida et six mois de prison avec sursis et 70.000 euros d’amende pour Jean-Pierre Kucheida. Il a également requis pour l’ancien député l’interdiction de toute fonction ou emploi public et de la gestion de toute société pour une durée inférieure ou égale à cinq ans. Dans sa plaidoirie, Me Berton défend un homme «au ban de son parti politique, de la société, des médias» victime d’une «machine politique» et dénonce un «raccourci populiste» qui caractérise l’abus de biens sociaux dont il est accusé. Pour lui le dossier prouve, tout au plus, une «négligence comptable». Il demande «la relaxe pure et simple». Le jugement a été mis en délibéré au 21 mai.

lefigaro.fr

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