Problèmes énergétiques du Bénin : La solution de Richard Sénou

L’ANCIEN MINISTRE DE YAYI DIT  NON A LA CONSTRUCTION DE  BARRAGES/CENTRALES HYDROELECTRIQUES

Pourquoi le barrage de kétou ou tout simplement la construction de centrales hydroélectriques/barrages au bénin n’est pas du tout une solution à la crise énergétique que traverse le bénin ?

Le schéma directeur d’électrification du Bénin qui définit de manière rationnelle sur environ un quart de siècle les investissements à faire dans le secteur de l’énergie devrait pouvoir répondre à la question cruciale des investissements indispensables au secteur en vue d’augmenter le taux d’accès à l’électricité.  La solution construction des barrages/centrales hydroélectriques, telle que présentée par le Gouvernement pour répondre de manière immédiate à la crise énergétique du Bénin ne semble pas s’inscrire dans cette logique.  Elle apparait plutôt comme un leurre engendré par une opportunité offerte par un pays sous la forme d’une « aide».
S’ils sont présentés comme une énergie renouvelable, les barrages sont néanmoins loin de produire une énergie propre. Ils sont des outils de développement économique, et à ce titre sont donc souvent implantés dans des régions où les rivières ont un intérêt crucial

La question de leurs impacts sur l’écosystème et sur les populations est donc majeure.   Leur édification crée d’immenses retenues d’eau qui submergent des terres cultivées ou des forêts, entraînant ainsi la décomposition des nombreuses matières organiques et libérant de grandes quantités de gaz à effet de serre (notamment du méthane et du protoxyde d’azote, respectivement 25 et 300 fois plus puissants que le CO2). Au final, ces ouvrages contribuent à 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, soit plus que le secteur aérien, selon l’association « Rivières internationales ».

Comme autres impacts environnementaux, je note que les barrages bouleversent aussi fortement le fonctionnement des cours d’eau — 60 % des fleuves et rivières du monde sont altérés — et des écosystèmes, en provoquant la disparition de nombreuses espèces animales et végétales.

Enfin, les populations locales sont fortement touchées. Selon un rapport de la Commission mondiale des barrages, entre 40 et 80 millions de personnes ont été déplacées à cause des barrages au cours du siècle dernier. Plus largement, 472 millions de personnes ont été affectées par les impacts en aval des barrages, tels que la diminution des terres fertiles et des ressources halieutiques, la baisse de la qualité de l’eau, qui entraîne des maladies, ou encore la déforestation.  D’une manière générale, l’accumulation d’une trop grande quantité d’eau dans le réservoir d’un barrage augmente les risques de glissements de terrain et de tremblements de terre, selon des géologues.
Au cas présent, il y a une forte probabilité que des espèces du fleuve Ouémé seront déclarées officiellement éteintes en raison de la pollution et des algues, qui s’accumuleront du fait du barrage, au lieu d’être drainées par le fleuve, sans parler du déplacement de populations entières et la destruction de leurs villages. Enfin, de l’avis de célèbres géologues et spécialistes de barrages hydroélectriques tout aussi célèbres de par le monde, il est certain que la baisse du niveau des eaux en aval du barrage, dont dépendent ces populations entières pour l’agriculture, sera particulièrement pointée du doigt lors des sécheresses.
Le coût des impacts ci-dessus énumérés, appelés coûts induits, ajoutés à celui du barrage à proprement parler font du kilowattheure (kWh) produit par le barrage un kWh très élevé économiquement non supportable par les populations sauf si subventionné.

De l’avis de l’Expert que je suis dans le domaine de l’Energie (ayant exercé pendant plus de 15 années dans ce secteur à la Banque Mondiale dans plus de 25 pays d’Afrique et d’Asie), l’un des freins les plus puissants à l’industrialisation des pays africains reste la part du coût de l’énergie dans la constitution du prix de revient des produits industriels qui rend nos pays non compétitifs.  Comme conséquence de ce qui précède, les factures d’électricité représentent entre 25% (3 à 4 ampoules sans frigidaire et climatiseur) des salaires mensuels moyens d’environ 40.000 FCFA et environ 45% (pour 5 à 6 ampoules et un frigidaire et un ventilateur) des revenus mensuels moyens compris entre 60.000 et 80.000 FCFA.

A quand la réduction de la pauvreté au Bénin ?

Au vu de ce qui précède, je dis non à la construction de barrages/centrales hydroélectriques comme solution aux problèmes énergétiques du Bénin.  Je présente ci-dessous le classement des sources d’énergie pour produire de l’électricité par coût du kWh, du moins cher au plus cher (source Banque Mondiale, Département Energie), en tenant compte du mix rentabilité économique et financière, et impact sur l’environnement :
1)   Energie nucléaire (coût approximatif du kWh en US$0,03 soit 15 FCFA pour 1US$ = 500 FCFA) ;

2)   Energies renouvelables dont énergie produite à partir du gaz (coût du kWh environ US$0,07 soit 35 FCFA);

3)   Energies renouvelables dont énergie solaire, énergie éolienne, etc. (coût du kWh en US$0,09 soit  45 FCFA);

4)   Energie produite par barrage/centrale hydroélectrique (coût du kWh environ US$0,12 soit  60 FCFA plus environ au moins 15% d’impact environnemental ou environ 70 FCFA) ;

5)   Energie produite par diesel ou gas-oil (coût du kWh environ US$0,18 soit  80 FCFA) ; et en dernier lieu

6)   Energie produite par essence (coût du kWh environ US$0,23 soit  115 FCFA) .

Comme présenté ci-dessus, en termes de coût, la centrale hydroélectrique arrive en 4ième position contre la production d’électricité par gaz classée en 2ième position.  La production de l’électricité à un prix compétitif a un effet direct et immédiat sur le taux de croissance de l’économie et de ce fait sur la réduction de la pauvreté (voir ci-dessous).

Ma proposition de solution à la Crise Energétique au Bénin : Le Gaz d’Excravos au Nigéria (Même source que le Projet Gazoduc qui passe par Maria Gleta)

A ce jour, seulement 10% du gaz d’Excavos au Nigéria sont utilisés pour le gazoduc et les 90% restant sont brûlés avec une valeur économique négative et beaucoup de nuisance sur l’environnement immédiat.  Je propose que le Bénin négocie avec le Nigéria pour prélever 15% environ de ce gaz brûlé afin de produire de l’électricité.  En contrepartie de l’utilisation de ce gaz, le Bénin fournira de l’énergie au Nigéria (une option parmi tant d’autres).  C’est un deal « gagnant-gagnant » pour les deux pays.  De plus ce deal est uniquement entre le Bénin et son voisin immédiat, le Nigéria et non pas avec le Togo, le Ghana et la Côte-d’Ivoire comme c’est le cas avec le Projet de Gazoduc.
Le Nigéria dans cette négociation gagnera sur trois tableaux : (1) création d’industries de transformation du gaz brut pour la centrale électrique ; (2) création d’une dynamique économique génératrice d’emplois et d’activités d’export donc de devises et de prospérité; (3) réduction de nuisances environnementales car moins de quantité de gaz brûlé ; et (4) rentrée de devises et fourniture fiable d’énergie à prix très compétitif.
Le Bénin quant à lui pourra disposer d’une quantité suffisante d’énergie électrique pour accroître l’accès à l’électricité à moindre coût (plus de 60 à 70% des population) pourront avoir accès à l’électricité)  En outre, le Bénin renforcera l’industrialisation de son économie avec une plus grande valeur ajoutée et une production suffisamment importante pour engendrer un taux de croissance à deux chiffres qui induira comme au Nigéria la création d’emplois et une augmentation des exportations.  Enfin, la commercialisation du gaz par ailleurs à usage domestique pourra se faire à l’échelle sous régionale et régionale enfin.
Ma solution pour le Bénin, telle que proposée ci-dessus, devra être couplée avec le développement de l’énergie solaire.  Le Bénin pourra alors s’inscrire dans les programmes de développement de cette source d’énergie à l’instar des pays occidentaux (les Etats Unis pour environ 200 milliards de dollars US d’ici à l’horizon 2020, l’Union Européenne dont l’Allemagne, la France, et la Chine,    …..A suivre…..A suivre

Par Richard SENOU

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