Au G20, l’Europe priée d’alléger son austérité

Le G20, dans son communiqué final, demande aux pays à «forts excédents commerciaux», une façon de désigner l’Allemagne et la Chine , de relancer leur demande intérieure. L’Europe tout particulièrement doit se soucier de souternir sa croissance.

La Russie qui préside cette année le G20, et à ce titre en détermine l’ordre du jour, avait formellement demandé qu’on ne parle pas de la «guerre des monnaies». Les grands argentiers des 20 pays les plus importants économiquement de la planète, réunis vendredi à Washington, se sont donc rabattus sur un sujet tout aussi polémique, à savoir le bon rythme de l’assainissement budgétaire.

Trop d’austérité tue les bénéfices de l’austérité? «Le risque est que le serpent se morde la queue. Il faut faire preuve d’une plus grande flexibilité et se donner un à deux ans supplémentaires», nous expliquait vendredi Angel Gurria, le secrétaire général de l’OCDE, qui participait au G20 de Washington. «Il n’est pas raisonnable d’ajouter l’austérité à la récession. Il n’y a plus de crise de la zone euro, comme il y avait une il y a un an, mais il y a toujours une crise de croissance dans la zone euro», a renchéri de son côté Pierre Moscovici.

Le ministre français des Finances fait bien sûr référence aux prévisions économiques du FMI qui prédit une deuxième année consécutive de récession (recul de 0,3 % du PIB en 2013). Un cas unique dans le monde, alors que tous les autres continents sans exception connaîtront une croissance plus ou moins rapide, en particulier le Japon dont la politique monétaire très agressive a reçu le blanc-seing du FMI et de ses partenaires. L’Europe, quant à elle, devrait-elle desserrer sa camisole de force budgétaire? «Vous prêchez un converti», a répondu Olli Rehn, le commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, en réponse à l’agence Reuters. Cette conversion est pourtant de fraîche date, car les autorités européennes avaient fait la sourde oreille le mois dernier, lorsque Jack Lew, le secrétaire américain au Trésor était venu leur demander à Bruxelles de mettre un bémol dans leurs programmes de rigueur.

Si l’Europe a été au centre des débats au G20 de Washington, qui s’est tenu dans le cadre des assemblées de printemps du FMI et de la Banque mondiale, l’examen de la situation a porté sur l’ensemble des pays du G20.

Objectifs de Toronto

Ces derniers se sont référés à la feuille de route qu’ils avaient eux-mêmes établie en juin 2010 au sommet de Toronto. Ils s’étaient engagés alors à réduire de moitié entre 2010 et 2013 leur ratio de déficit public sur PIB, tout en promettant de commencer à diminuer le poids de la dette (en proportion du PIB) à partir de 2016.

Or de cet examen des promesses de Toronto, il est apparu que la zone euro sera la seule à avoir tenu ses engagements. Alors que le déficit public de la zone euro représentait 6,2 % du PIB en 2010 il devrait n’être que de 2,9 % cette année, selon les prévisions du FMI dans l’Union monétaire européenne. Une performance unique, qui tient en très grande partie aux résultats de l’Allemagne. La première économie de la zone euro aura en effet ramené de 4,1 % du PIB son déficit public de 2010 à seulement 0,3 % en 2013.

«En l’Allemagne, le marché domestique nécessite plus d’investissements», a par ailleurs estimé Christine Lagarde, la directrice du FMI pointant ainsi du doigt les «pays à surplus commerciaux», qui disposent de ce fait de marges de relance.

Dans ce débat, austérité versus croissance, le FMI aura pesé de tout son poids en faveur de politiques publiques moins rigides en Europe. Et y compris au Royaume-Uni, auquel il est conseillé «de ralentir le rythme (de l’assainissement budgétaire) si la croissance économique venait à devenir particulièrement faible» et alors que le déficit risque d’atteindre 7 % en 2013.


Wolfgang Schäuble: «La BCE a mis trop d’argent sur le marché»

Le ministre allemand des Finances verrait d’un bon œil une action de la Banque centrale européenne (BCE) pour réduire les liquidités en circulation dans la zone euro, selon un entretien à WirtschaftsWoche, un magazine allemand à paraître lundi. «Il y a beaucoup d’argent sur le marché, selon moi trop d’argent», a déclaré Wolfgang Schäuble. Donc «si la BCE essaie d’utiliser sa liberté d’action pour réduire un peu cette grande quantité de liquidités, je ne pourrais que le saluer», a-t-il ajouté. La BCE a prêté près de 1 000 milliards d’euros à taux très faible aux banques de la zone euro en 2011 et 2012, dans un contexte de crise.

lefigaro.fr

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