Les coliques du nourrisson, une variante de la migraine ?

Une étude associant les coliques du nourrisson au développement ultérieur de migraines pourrait modifier l’approche de cette maladie bénigne mais épuisante pour les parents et les nouveau-nés.

«Ma fille pleure 10 à 16 heures par jour…» ; «Je désespère en voyant mon bébé souffrir autant» ; «J’ai vu trois médecins différents et ils m’ont dit la même chose: ça va passer. Mais ce ne sont pas eux qui supportent les pleurs!». Les parents dont le nourrisson souffre de coliques racontent tous la même histoire: le bébé a visiblement mal au ventre, il pleure énormément.Les remèdes testés fonctionnent très inégalement, et les parents, désemparés, s’arrachent les cheveux. Cette maladie bénigne du nouveau-né disparaît au bout de quelques mois sans séquelles chez l’enfant mais elle comporte des parts d’ombre qui la rendent difficile à soigner. Une étude parue mercredi dans le Journal of the American Medical Association (JAMA) met en évidence un lien peu exploré avec la migraine, ce qui pourrait aider à améliorer le traitement des coliques.

Ces travaux conduits au printemps 2012 établissent de façon très nette un lien entre l’existence de coliques à la naissance et l’apparition de migraines chez l’enfant. L’observation de 679 enfants auscultés aux urgences pédiatriques à Paris et dans les deux villes italiennes Milan et Udine, a permis d’établir que 76% des enfants migraineux avaient souffert, plus jeunes, de coliques, contre seulement 26% des enfants non-migraineux. «Nous nous attendions trouver une corrélation, mais pas aussi forte», confie au Figaro le Dr Luigi Titomanlio, co-auteur de l’étude, pédiatre urgentiste à l’hôpital Robert-Debré à Paris.

Des remèdes souvent non-médicamenteux

La migraine est une pathologie assez bien connue aujourd’hui. «On sait que cette douleur pulsatile résulte d’une inflammation des vaisseaux sanguins entourant le cerveau, explique le Dr Titomanlio. Nos travaux laissent penser qu’on pourrait s’être trompés sur la cause des coliques: on pensait qu’elle était gastro-intestinale, mais elle pourrait être, à l’instar des migraines dont elles paraissent être précurseurs, neurologique, provoquant une inflammation des terminaisons nerveuses au niveau de l’intestin».

Cela pourrait conduire à recommander les remèdes habituels contre les migraines pour soulager les enfants souffrant de coliques. La plupart ne sont pas médicamenteux: respecter des horaires de sommeil et de repas réguliers, éviter en cas de crise les stimuli comme la lumière et le bruit, distraire l’enfant de sa douleur en le berçant ou en le massant. «On remarque souvent que le trajet en voiture entre la maison et l’hôpital suffit à calmer momentanément un bébé qui pleurait depuis des heures. C’est probablement le roulis de la voiture», s’amuse ainsi le Dr Titomanlio.

L’existence de ce lien possible peut également inciter les parents de bébés ayant des coliques à se sensibiliser aux signes de la migraine chez l’enfant, pour en accélérer le diagnostic. Enfin, des médicaments réservés au traitement ou à la prévention de la migraine pourraient être testés dans le cadre d’essais cliniques.

«Migraines abdominales»

Le Dr Daniel Annequin, responsable de la clinique de la migraine à l’hôpital Armand Trousseau à Paris, qui n’a pas participé à l’étude, juge ces résultats «très intéressants». «Ils confirment ce que nous observons tous les jours en consultation: 40% des enfants que nous voyons pour migraine connaissent aussi des douleurs abdominales pendant la crise. Cela se traduit par un enfant qui arrête de jouer ou de s’agiter, devient tout pâle, et vomit. Et quand on interroge les parents, on se rend souvent compte que le père ou la mère est lui-même migraineux», ajoute le spécialiste de la Société française de pédiatrie.

Les spécialistes mettent toutefois en garde contre une assimilation trop rapide des deux maladies. «La colique est un terme un peu fourre-tout qui recouvre des symptômes contre lesquels les gens sont malheureusement très démunis, admet le Dr Annequin. Si certaines coliques peuvent être une variante de la migraine, il ne faut pas en faire une règle et improviser un traitement sans consulter un médecin».

lefigaro.fr

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