Le ministre égyptien de la Justice rend son tablier

Au lendemain d’une manifestation d’islamistes réclamant la «purification» de l’appareil judiciaire, Ahmed Mekki a présenté – pour la deuxième fois en cinq mois – sa démission.

C’est un nouvel exemple du bras de fer qui oppose la justice égyptienne aux Frères musulmans, dont est issu le président Mohammed Morsi. Samedi, au lendemain d’une manifestation d’islamistes réclamant la «purification» de l’appareil judiciaire, le ministre de la Justice, Ahmed Mekki, a présenté – pour la deuxième fois en cinq mois – sa démission. Motif invoqué: dénoncer ce qu’il considère comme une énième attaque contre le système judiciaire. Ahmed Mekki est particulièrement remonté contre l’examen par le Sénat d’un projet de loi visant à renforcer les pouvoirs du gouvernement sur la composition du système judiciaire. Ce projet, s’il est approuvé, envisage également d’abaisser l’âge de la retraite des juges de 70 à 60 ans – ce qui mènerait, selon les experts, au départ de 3000 juges, soit un quart de ceux qui sont actuellement en fonction.

Ancien vice-président de la Cour de cassation, Ahmed Mekki était considéré comme un fervent défenseur de l’indépendance judiciaire sous la présidence d’Hosni Moubarak, qui a nommé la plupart des juges encore en poste aujourd’hui. Depuis son entrée en août au gouvernement, il s’est plusieurs fois opposé publiquement aux décisions du président Morsi, dont le limogeage controversé du procureur général Abdel Meguid Mahmoud et son remplacement par Talaat Abdallah, accusé par l’opposition d’être un pion de la Confrérie.

«Nous assisterons bientôt à des changements dans ce gouvernement»

«Depuis que j’ai pris mes fonctions, certains de vos opposants insistent pour que je démissionne, en cohérence avec mes positions passées», a précisé Mekki dans une lettre adressée à Morsi et publiée par l’agence Mena. «Sous le slogan “purification de la justice”, et avec l’adoption d’une nouvelle loi pour le pouvoir judiciaire, vos partisans ont unanimement demandé à ce que je sois limogé pour réaliser leurs objectifs et atteindre un consensus», a-t-il ajouté. Natif d’Alexandrie, Mekki avait déjà menacé de rendre son tablier après l’adoption, en novembre, d’un décret dans lequel le président s’accordait des pouvoirs exceptionnels.

Cette démission coïncide également avec l’annonce, samedi, d’un remaniement ministériel par le président Morsi, alors que le gouvernement de Hicham Qandil, qui peine à satisfaire les conditions réclamées par le FMI pour l’obtention d’un prêt, n’arrive pas à trouver une solution à la crise économique liée à une chute des investissements étrangers et du tourisme dans un contexte d’instabilité politique. «Nous assisterons bientôt à des changements dans ce gouvernement qui toucheront plusieurs ministères», a affirmé le chef d’État dans une interview accordée à la chaîne al-Jazeera et également diffusée sur la télévision publique égyptienne. «L’objectif est de réaliser l’intérêt général», a-t-il ajouté, tout en niant que ce remaniement soit lié aux pressions de l’opposition. Cette dernière réclame depuis plusieurs mois un gouvernement d’union nationale.

lefigaro.fr

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