Washington tergiverse face aux armes chimiques d’Assad

L’armée israélienne a accusé, mardi, les forces gouvernementales syriennes d’utiliser du gaz sarin dans sa guerre contre les rebelles.

Cette fois, c’est un responsable israélien appartenant aux services de renseignements militaires, le général Itai Brun, qui l’affirme. Le régime syrien a utilisé des armes chimiques contre ses opposants à plusieurs reprises au cours des derniers mois. Probablement du gaz sarin.

Cela n’est pas nouveau. À l’ONU, des diplomates ont confirmé au début du mois disposer de preuves «solides» et «très convaincantes» que des armes chimiques ont bien été employées en Syrie: à Alep, à Homs et peut-être à Damas. Alors que le régime de Bachar el-Assad a refusé aux enquêteurs des Nations unies d’accéder aux sites suspects, l’utilisation de telles armes a été confirmée à Paris et à Londres par des sources bien informées.

Mais en portant ses accusations à découvert, pendant une conférence internationale sur la sécurité à Tel-Aviv, le général Itai Brun a donné une couleur particulière aux soupçons contre Damas. La veille, en effet, le secrétaire américain à la Défense, Chuck Hagel, avait affirmé lors d’une visite en Israël que les agences de renseignements de son pays enquêtaient toujours sur le sujet. Depuis plusieurs semaines, les Américains semblent botter en touche. Mardi encore, la Maison-Blanche a indiqué n’être «pas parvenue à la conclusion» de l’utilisation d’armes de cette nature par Damas.

C’est que Barack Obama, suivi par ses alliés britannique et français, a fait de l’utilisation ces armes chimiques par le régime syrien une «ligne rouge» qui, si elle était franchie, serait susceptible de provoquer une intervention militaire. Cette «ligne rouge», susceptible selon les responsables américains «de changer la donne», a visiblement sauté depuis plusieurs semaines sans provoquer aucune réaction de Washington. Lassitude de la guerre après l’Irak et l’Afghanistan, peur des opposants islamistes, recentrage stratégique vers l’Asie: les raisons de ne pas intervenir en Syrie sont nombreuses, vues de Washington.

Les promesses d’Obama

Cette passivité risque cependant d’avoir des conséquences sur d’autres dossiers. Dans la région, Barack Obama est lié par un autre engagement. Il a promis à son allié israélien qu’il empêcherait, par la force s’il le faut, une fois épuisés les moyens diplomatiques et la politique de sanctions, l’émergence de la bombe nucléaire iranienne. À plusieurs reprises, des responsables américains se sont rendus à Tel-Aviv pour dissuader Benyamin Nétanyahou de lancer des frappes préventives contre les installations iraniennes. Le premier ministre israélien, qui a toujours douté de la fiabilité de Barack Obama, a accepté, avec fortes réticences, de décaler ses projets guerriers.

Mais si le président américain ne respecte pas sa promesse en Syrie, comment être sûr qu’il le fera en Iran, se demandent sans doute aujourd’hui les responsables israéliens, dont certains considèrent la perspective d’un Iran nucléaire comme une menace existentielle.

L’inertie des Occidentaux en Syrie ne décrédibilise pas seulement la parole du monde libre auprès des rebelles syriens. Elle affaiblit le discours américain auprès de ses principaux alliés dans le monde. Israël bien sûr, qui pourrait à nouveau être tenté d’agir unilatéralement. Mais aussi tous les pays installés sous le parapluie américain, qu’il s’agisse de la Corée du Sud et du Japon lorsqu’ils sont menacés par Pyongyang. Ou des pays de l’ancienne Europe de l’Est, qui craignent toujours leur grand voisin russe.

lefigaro.fr

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