«Rubygate» : Silvio Berlusconi condamné à sept ans de prison

L’ancien chef du gouvernement italien, condamné pour abus de pouvoir et prostitution de mineure, écope aussi d’une peine d’inéligibilité. Des condamnations qui ne seront effectives que lorsqu’il aura exercé tous les recours en justice possibles.

Une nouvelle condamnation au palmarès du «Cavaliere». Au terme de sept heures de délibérations, le tribunal de Milan a condamné lundi Silvio Berlusconi à 7 ans de prison et à une peine d’inéligibilité à vie dans la sulfureuse affaire du «Rubygate». L’ancien président du Conseil italien était poursuivi pour incitation à la prostitution de mineure et pour abus de pouvoir: il a été reconnu coupable dans ces deux volets de l’affaire.

Ce verdict, résultat d’une procédure de deux ans, est plus sévère que les six ans de prison réclamés lors des réquisitions. «Il Cavaliere», âgé de 76 ans et sénateur depuis les élections de février, est condamné pour avoir eu des relations sexuelles tarifées avec la danseuse marocaine Karima El Mahroug, alias «Ruby la voleuse de cœurs», alors que celle-ci était encore mineure. Les faits se seraient notamment déroulés lors des fameuses soirées orgiaques dites «bunga bunga», organisées par Berlusconi dans sa villa d’Arcore, près de Milan, entre février et mai 2010. La condamnation pour abus de pouvoir concerne une affaire distincte, dans laquelle Berlusconi était accusé d’avoir fait libérer la jeune femme en mai 2010, alors qu’elle était au commissariat pour le vol d’un bracelet d’une valeur de 3000 euros.

«Je suis absolument innocent»

Lors des réquisitions le mois dernier, la procureur Ilda Boccassini n’avait pas hésité à dénoncer «le système de prostitution mis en place pour la satisfaction sexuelle personnelle de l’accusé Silvio Berlusconi». Elle s’en était aussi prise à Ruby, qui attendait du milliardaire «de l’argent facile et la possibilité de travailler dans le monde du spectacle». Le principal intéressé, tout comme Ruby, assure ne jamais avoir eu de relations sexuelles avec la jeune fille. Cette denière «nie parce qu’elle a reçu plus de 4,5 millions d’euros» en trois mois, avait martelé la procureur le mois dernier.

C’est «un verdict violent», a réagi le Cavaliere lundi soir. «Je suis absolument innocent», a-t-il ajouté, déclarant qu’il «résisterait à la persécution». Depuis quelque temps, l’ancien chef du gouvernement, qui se dit constamment harcelé par les «magistrats rouges», enchaîne les camouflets judiciaires. Il a notamment subi un sérieux revers le mois dernier, quand la cour d’appel de Milan a confirmé une peine de quatre ans de prison pour fraude fiscale dans le procès Mediaset, et une interdiction d’exercer toute fonction publique pendant cinq ans. La Cour de cassation, la plus haute juridiction pénale en Italie, devrait statuer sur cette affaire à partir de l’automne prochain.

S’il n’échappe pas aux décisions de justice, «Il Cavaliere» n’est pas pour autant près d’aller en prison. Corruption, faux en bilan, financement illicite d’un parti politique… Il a pourtant été condamné à un total de 11 ans et 5 mois de prison ferme dans plusieurs affaires depuis son entrée en politique en 1994. Mais aucun de ces jugements n’a jusqu’à présent été définitif. Dans l’affaire du «Rubygate», Berlusconi fera appel, et les condamnations ne seront effectives qu’une fois que l’accusé aura exercé tous les recours possibles, ce qui pourrait bien prendre des années.

L’affaire pourrait en tout cas avoir des répercussions politiques: certains membres du Peuple de la liberté (PDL), le parti de Berlusconi, souhaitent en effet que ce dernier retire son soutien au gouvernement de grande coalition dirigé par Enrico Letta. Une menace que Berlusconi pourrait mettre à exécution, s’il estime que le pouvoir ne le «protège» pas assez des juges qui, selon lui, le «persécutent».

(Avec agences)

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