Aux Antilles, le chômage et le coût de la vie progressent toujours

Quatre ans après les grandes grèves contre la «vie chère», la Guadeloupe et la Martinique s’enfoncent dans le chômage et l’inflation. Jean-Marc Ayrault entame son deuxième jour de visite.

Alors que le premier ministre Jean-Marc Ayrault rend visite aux Français des Antillles, la situation économique et sociale est plus que tendue. Chômage supérieur à 20%, soit deux fois plus élevé qu’en métropole, prix à la consommation sans rapport avec le niveau de vie… La situation s’est empirée depuis 2009, lorsqu’une grève générale contre la «vie chère» a paralysé la Guadeloupe pendant plusieurs semaines et ébranlé les départements d’outre-mer. En mai, il y avait 67.200 demandeurs d’emplois inscrits en Guadeloupe, soit une hausse de plus de 40% par rapport à fin 2008. Par ailleurs, les prix des produits de première nécessité ne cessent d’augmenter. En un an, les produits frais ont pris 4,7%, quand l’inflation se situe à 1,3%. Une hausse qui se retrouve également en Martinique dans les mêmes proportions. Au final, certains biens de grande consommation sont deux fois plus chers qu’en métropole, selon les chiffres de l’Insee.

«La situation est simple. Ces départements d’outre-mer vivent essentiellement de l’importation, donc la vie est forcément très chère», explique Philippe Moreau-Defarges, chercheur à l’IFRI. «Ils sont portés à bout de bras par la France qui les maintient hors de l’eau par des subventions, des aides fiscales et des aides européennes.» Mais pour lutter contre cette hausse des prix, le gouvernement n’a que très peu de marge de manoeuvre. Alors que le ministère des Outre-mer prépare un projet de décret sur la fixation des prix des carburants, les pompistes qui réclament une revalorisation de leur marge se sont mis en grève jeudi.

«Bouclier qualité prix»

Concernant les biens de grande consommation, un «bouclier qualité prix» a été mis en place par la loi Lurel en mars dernier, à la suite d’un accord entre l’Etat et la grande distribution. Le principe: geler les prix de 101 produits de première nécessité pendant un an. Le bouclier inclut pour l’essentiel des produits alimentaires, mais aussi hygiéniques et ménagers, ainsi que des produits de puériculture et des fournitures scolaires. Le prix de ce panier ne doit pas dépasser les 360 euros, les commerçants étant libres d’appliquer les baisses nécessaires aux produits de leur choix pour atteindre cet objetif. L’économie espérée pour le consommateur sera de l’ordre de 10,3%. «Ce type de mesure n’est pas bonne pour le territoire», estime pourtant Philippe Moreau-Defarges. «Elle met ces départements dans une situation de survie artificielle qui retarde leur adaptation.»

Parallèlement, d’autres dispositifs mis en place sont aujourd’hui menacés, voire supprimés. Issu des négociations consécutives au mouvement social de 2009, le revenu supplémentaire temporaire d’activité (RSTA), a été supprimé le mois dernier. Il permettait aux salariés touchant un revenu inférieur ou égal à 1,4 fois le smic de recevoir jusqu’à 100 euros d’aide par mois. «L’Etat français, qui est le payeur, a de plus en plus de mal à assumer ce fardeau», analyse Philippe Moreau-Defarges. «Ces coupes attisent les tensions sociales, mais les Antilles n’ont pas de marge de manoeuvre non plus car l’indépendance n’est ni souhaitée, ni envisageable.»

Autre sujet brûlant, les niches fiscales propres aux territoires d’outre-mer sont régulièrement sur la sellette. Alors que Jean-Marc Ayrault s’est engagé jeudi à maintenir le dispositif de défiscalisation, Bercy estime que ces niches ont représenté un manque à gagner d’un milliard d’euros en 2012 et la Cour des comptes les juge inefficaces. Sont visés les dispositifs permettant au particulier de réduire son impôt sur le revenu en investissant dans le logement social outre-mer, ou en finançant l’investissement productif d’une société ultramarine.

lefigaro.fr

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