La visite d’Obama en Afrique du Sud suspendue à l’état de santé de «Madiba»

Après le Sénégal, le président américain poursuit sa tournée africaine dans le pays de Nelson Mandela. Il ne se rendra pas au chevet de l’icône de la lutte contre l’apartheid mais rencontrera des membres de la famille pour leur offrir «ses prières».

Barack Obama a entamé vendredi soir une visite en Afrique du Sud qui se dérouleà l’ombre de la santé déclinante de Nelson Mandela. Officiellement, l’état de l’ancienne icône de la lutte contre l’apartheid ne fait l’objet d’aucun commentaire de la part de la Maison-Blanche. Lors de son étape à Dakar, le président américain s’est contenté de souligner son attachement personnel à Nelson Mandela. «Son héritage traversera les âges», a-t-il sobrement déclaré. L’éventuelle annulation de certaines étapes de la visite fait tout de même l’objet de rumeurs. «Je ne veux pas spéculer sur l’impact de la santé de M. Mandela sur le voyage», a coupé court le porte-parole de la présidence américaine, Jay Carney.

Anonymement, des diplomates ont reconnu, tant dans les journaux américains que sud-africains, qu’il serait impossible de maintenir le programme «si quelque chose de dramatique se passait». La Maison-Blanche a reconnu qu’elle suivait de près la lutte de Mandela contre la mort après avoir appris que son état s’était encore dégradé, passant au stade «critique».
« Nous voulons tout ce qui est bon pour la santé et la sérénité de la famille Mandela » Ben Rhodes, conseiller diplomatique
Le comportement que doit adopter Barack Obama vis-à-vis de «Madiba» est au centre des commentaires. Alors que certains Sud-Africains militent pour que le premier président noir des États-Unis se rende au chevet de son modèle, d’autres s’insurgent à cette idée. Jusqu’à présent, seuls la famille et les hauts responsables de l’ANC ont été autorisés à entrer dans la chambre. «C’est une situation très délicate. Obama ne peut prendre le risque de se faire accuser d’indifférence mais il ne faut pas non plus qu’on le soupçonne de chercher à détourner à son profit l’immense amour qui entoure Mandela», résume un diplomate européen. «En fait, nous voulons tout ce qui est bon pour la santé et la sérénité de la famille Mandela», a assuré Ben Rhodes, conseiller diplomatique, pour désamorcer toute polémique. Barack Obama ne se rendra finalement pas chevet de son «héros» Nelson Mandela. «Le président et la Première Dame vont rencontrer en privé des membres de la famille Mandela pour leur présenter leurs voeux et leurs prières en ce moment difficile», a déclaré samedi un responsable américain sous le couvert de l’anonymat. «Par égard pour la paix et le confort de Nelson Mandela, et pour les souhaits de sa famille, ils n’iront pas à l’hôpital», a-t-il ajouté.

Washington semble redouter que les craintes pour la vie de Tata («le père» en xhosa, la langue maternelle de Mandela) fassent passer au second plan les messages que voulait délivrer Barack Obama. Les États-Unis comptaient sur cette tournée pour restaurer l’image brouillée de leur président auprès des Africains. «Sur le continent, on se demande parfois où est le président des États-Unis», relève Ben Leo, de l’ONG One. Les origines kényanes d’Obama avaient suscité de grands espoirs.

Or, contrairement à ses deux prédécesseurs, George Bush et surtout Bill Clinton, Obama n’a pas annoncé le moindre plan d’aide à la santé publique ou au développement économique en Afrique. En parallèle, les entreprises privées américaines ont réduit leur présence sur le continent noir, augmentant l’impression d’un désengagement des États-Unis de cette partie du monde.

«Le pays a besoin de tous les investissements»

À l’Université de Soweto, où Barack Obama doit de rendre ce samedi pour dialoguer avec des étudiants, le président américain est néanmoins attendu avec impatience. Devant les grands bâtiments refaits à neuf l’an dernier, Anna Ratzanga, en seconde année d’économie, se réjouit. «C’est une bonne chose. Le pays a besoin de tous les investissements possibles pour créer des emplois». Selon les autorités sud-africaines, les entreprises américaines emploieraient directement 150.000 personnes dans le pays.

Si l’arrivée du président américain ne soulève pas l’enthousiasme, elle n’est pas non plus critiquée. Vendredi, une manifestation devant l’ambassade américaine à Pretoria a péniblement réuni 500 personnes en un curieux mélange de militants communistes et d’islamistes. Pour Barack Obama, l’heure de séduire l’Afrique n’est donc pas encore totalement passée.

lefigaro.fr

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