La salve désespérée d’Edward Snowden contre Barack Obama

L’ex-consultant du renseignement américain, qui renonce à sa demande d’asile en Russie, voit ses options de réduire de jour en jour. Il accuse le président Obama d’avoir fait de lui un «apatride».

Edward Snowden se rêvait en Robin des bois des temps modernes, luttant, avec l’aide de l’opinion mondiale connectée sur la toile, pour la liberté et la transparence contre les monstres froids que sont les Etats et leurs appareils de sécurité nationale. Mais s’il garde de nombreux soutiens individuels sur Internet, ainsi que le soutien logistique de l’organisation Wikileaks et de son fondateur Julien Assange, il semble devenir un pion à la marge de manœuvre de plus en plus étroite dans le jeu de poker géopolitique, souvent menteur, des gouvernements. Le caractère virulent de sa sortie contre le président Obama, lundi après-midi, qu’il a accusé de conspirer en coulisses pour tordre le bras des pays qui pourraient être tentés de lui accorder l’asile, exprimait bien le caractère malaisé, certains diraient désespéré, de sa situation. «Ce type de méthode de la part d’un leader mondial n’est pas la justice…Il s’agit des vieux instruments d’agression politique», écrit Snowden dans un communiqué rendu public sur le site Wikileaks. Accusant Obama d’avoir fait de lui un «apatride», en révoquant son passeport, l’ex-agent a affirmé que le gouvernement américain n’avait pas «peur des franc-tireurs comme lui». «Il a peur de vous, il a peur d’une opinion qui réclame le gouvernement constitutionnel qui lui a été promis», a poursuivi l’ex-contractant privé de la NSA.

Si Snowden est si véhément, c’est que ses options semblent se réduire. L’Equateur, dont il vantait encore le courage dans une lettre chaleureuse adressée lundi au président Rafael Correa, le remerciant de lui avoir accordé un document de voyage pour quitter Hongkong, a opéré une reculade spectaculaire, renvoyant la balle à la Russie. Lors d’une interview accordée en son palais présidentiel, Correa a déclaré lundi après-midi qu’accorder un document de voyage temporaire à Snowden avait été «une erreur» non-intentionnelle de son gouvernement, commise par le consul équatorien à Londres (un ami de Julian Assange, qui est toujours réfugié à l’ambassade d’Equateur à Londres). Il a même précisé que ce consul serait sanctionné et qu’il appartenait à la Russie de trancher sur le cas de Snowden, l’Equateur ne pouvant se décider sur une demande d’asile, si ce dernier ne se présente pas en personne dans ses locaux diplomatiques. Correa a dit ne pas être «particulièrement pressé de voir Mr Snowden». «C’est quelqu’un de très compliqué. Si on parle au sens strict, Mr Snowden a fait de l’espionnage pendant un moment», a-t-il. Exit le rêve d’asile équatorien…

Idem pour la Russie. Edward Snowden avait dans un premier temps demandé l’asile lundi à Moscou, parmi 21 autres pays,. Mais le Kremlin a fait savoir mardi que l’informaticien avait retiré sa demande suite aux déclarations de Poutine. Jouant une partie qui semble beaucoup l’amuser, et qui lui permet de multiplier les pieds de nez implicites à Washington, le président russe avait souligné la veille qu’il n’extraderait pas Snowden vers les Etats-Unis car «il n’était pas dans la tradition russe de donner les gens». Dans un trait qui ne manquait ni de saveur ni de provocation, il avait ajouté que Snowden pourrait rester en Russie aussi longtemps qu’il le voudrait – bref, obtenir l’asile – à condition d’arrêter de livrer les secrets de l’Amérique au monde. «Il doit arrêter son travail visant à infliger des dommages à nos partenaires américains, aussi étrange que cela puisse paraître dans ma bouche», a-t-il dit, se posant en rempart sage et responsable. Poutine avait ajouté qu’il ne croyait pas que Snowden accepte de cesser ses activités, insistant sur son profil de défenseur des droits de l’homme et le comparant même, toutes proportions gardées, à «Sakharov».

Une étrange coïncidence

Ce brouillage des cartes et ce soudain intérêt pour les défenseurs des droits de l’homme, dans un pays qui les respectent si peu, est typique de la méthode Poutine. Le leader russe adore manier les paradoxes et se présente comme un président atypique, prêt à bousculer les idées reçues pour incarner une alternative attrayante à la pensée dominante américaine. Lundi, de nombreuses voix se sont élevées à Moscou pour offrir l’asile à Snowden. «Il a fait tout autant que Barack Obama pour avoir le prix Nobel de la paix», a carrément lancé Kirill Kabanov, membre du conseil présidentiel russe. Certains analystes se demandaient toutefois si une option possible ne pourrait être le Venezuela, qui avait adopté sous Chavez une ligne très anti-américaine. Son successeur Nicolas Maduro fait néanmoins l’objet d’une offensive de charme de Washington.

Si la position de Snowden est inconfortable, le jeu américain n’est pas particulièrement facile non plus, notamment depuis les révélations – coïncidence étrange – sur les écoutes et surveillances dont auraient fait l’objet les ambassades de nombreux pays européens et les délégations diplomatiques de l’UE à Washington et à Bruxelles. L’Amérique officielle a beau répliquer que ces pratiques d’espionnage sont le lot commun, et que tous les pays font de même, le caractère massif et apparemment très intrusif des moyens utilisés par la NSA pour écouter les pays alliés est jugé très troublant dans les capitales européennes. Cela pourrait-il déboucher sur une rupture de confiance grave, comme le pensent certains responsables, soulignant que les procédés utilisés de la NSA sont allés bien au-delà de considérations de sécurité nationale? A tout hasard, Edward Snowden a envoyé une demande d’asile à plusieurs pays européens, parmi lesquels la France et l’Allemagne…

lefigaro.fr

Cette entrée a été publiée dans Actualités, International, Multimedia, avec comme mot(s)-clef(s) , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Réagir