Jérôme Kerviel poursuit la Société générale devant les prud’hommes

L’ancien trader, qui conteste son licenciement pour faute lourde, réclame 4,9 milliards de dommages et intérêts à son ex-employeur. La prochaine audience est fixée au 24 mars 2014.

Condamné par la cour d’appel de Paris, en octobre 2012, à cinq ans de prison dont trois ferme assortis de 4,9 milliards d’euros de dommages et intérêts – un pourvoi a été formé devant la cour de cassation-, Jérôme Kerviel poursuit la Société générale devant le conseil des prud’hommes de Paris. L’ancien trader conteste son licenciement pour faute lourde, ce qui est logique puisqu’il a toujours soutenu que «la banque savait» qu’il prenait sur les marchés des positions exorbitantes non couvertes. Ce qui est plus inhabituel, c’est le montant des dommages et intérêts qu’il revendique: 4,9 milliards d’euros, la somme qu’il devra théoriquement rembourser à la «SocGen» (qui ne les lui réclamera pas), si le dernier arrêt devient définitif.

Une audience a lieu ce jeudi matin, mais à huis clos, à l’issue de laquelle le conseil des prud’hommes a rejeté la demande d’expertise formulée par Jérôme Kerviel sur les conditions de la perte subie par la Société Générale, et fixé la prochaine audience de jugement au 24 mars 2014. Le fondement de ces demandes d’expertise a été considéré comme illégitime, a indiqué l’un des conseils de la Société Générale. «Je suis déçu, (…) je suis dégoûté», a commenté Jérôme Kerviel à la sortie de l’audience.

M. Kerviel n’a jamais admis que le fait d’avoir introduit dans le système informatique quelque 900 opérations fictives pour couvrir ses mises aberrantes -50 milliards d’euros au total quand il fut démasqué, en janvier 2008- pouvait paraître incompatible avec la connaissance de ses agissements par son employeur de l’époque. Devant la cour d’appel, son avocat avait même soutenu, de manière singulièrement décousue, que la banque le laissait agir de la sorte, couvrant secrètement ses opérations, alors même que la fuite en avant de M. Kerviel mettait son existence en péril. L’objectif présumé de cette fourberie reste fumeux: ou bien gagner énormément d’argent si M. Kerviel est un authentique génie de la spéculation, ou bien lui faire porter le chapeau de ses pertes dans la crise mondiale des subprimes – sans qu’on comprenne très bien en quoi il est plus glorieux de s’être fait gruger par un jeune trader que d’avoir fait la même erreur que la plupart des plus prestigieuses banques de la planète. Surtout, lorsque M. Kerviel gagne 1,4 milliard d’euros, fin 2007, la banque n’en voit pas la couleur. Et pour cause, il a caché derrière un jeu d’écritures ce pactole qui, une fois exhumé en même temps que les 50 milliards non couverts, réduit d’autant la perte finale chiffrée à 6,3 milliards.

Petit chose broyé par la finance internationale

On connaît le résultat judiciaire. Reste le terrain médiatique. La défense de Jérôme Kerviel y recycle les arguments qui ont fait long feu devant la justice mais qu’elle persiste à présenter comme des révélations explosives. L’intéressé, qui bénéficie d’un actif comité de soutien, a recruté quelques zélateurs d’horizons différents. Roland Agret, d’abord, lui-même victime en son temps d’une erreur judiciaire et animateur d’«Action justice», association dont la vocation est de venir en aide à ceux qu’il considère comme ses semblables. Jean-Luc Mélenchon, ensuite: co-président et porte-voix du Front de gauche, il voit en Jérôme Kerviel le symbole du petit chose broyé par la finance internationale. Selon lui, il est «innocent». M. Mélenchon devrait être présent devant le conseil des prud’hommes pour marquer son appui à l’ancien trader, de même que Clémentine Autain (Front de gauche) ou Gérard Filoche (PS).

M. Kerviel a par ailleurs déposé une plainte avec constitution de partie civile pour «faux et usage de faux»: son avocat martèle que des enregistrements de son client au siège de la banque, au moment où il est confondu, ont été tronqués par celle-ci. La cour d’appel a battu en brèche cette assertion, le parquet a classé sans suite une plainte simple en ce sens, mais peu importe: les gesticulations médiatiques sont, par nature, imprescriptibles.

lefigaro.fr

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