Une liste de comptes suisses transmise à la justice française

Auditionné par l’Assemblée nationale, Pierre Condamin-Gerbier, ex-cadre de la banque Reyl & Cie, a affirmé avoir les noms de personnalités politiques ayant des fonds à Genève.

À peine dix minutes ont passé depuis le début de l’audition de Pierre Condamin-Gerbier, ex-cadre de l’établissement financier suisse Reyl & Cie, que les mots claquent au micro: «La liste et les éléments dont j’ai fait état (…) ont été transmis hier (mardi), dans leur grande majorité, à la justice française.» La «liste», qu’il a mentionnée plusieurs fois ces dernières semaines dans divers médias, est censée contenir les noms d’une «quinzaine» de personnalités politiques françaises, dont un ministre en exercice, ayant pratiqué l’évasion fiscale.

Désormais abrité derrière ce paravent judiciaire, Pierre Condamin-Gerbier n’en dira pas plus à la commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Cahuzac devant laquelle il était auditionné mercredi après-midi. Le Français dit s’en remettre à la justice de son pays, en l’espèce les juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire qui l’ont entendu comme témoin mardi dans le cadre de leur enquête pour «blanchiment de fraude fiscale» visant notamment la banque Reyl & Cie.

Que sait exactement Pierre Condamin-Gerbier des pratiques frauduleuses qu’il dénonce? A-t-il les preuves de ce qu’il avance? Il affirme qu’il a transmis aux juges beaucoup de documents – «complexes, difficiles à analyser», reconnaît-il lui-même. Après avoir distillé ses accusations, comme le 15 juin dansLe Journal du dimanche: «Il y a dans cette liste de très grands noms de la politique française, des gens que l’on est habitué à voir sur les écrans de télé. Il s’agit de personnages beaucoup plus familiers du grand public que ne l’était Jérôme Cahuzac», il n’en dira pas plus publiquement.

Fort de ses «vingt ans d’expérience» dans la gestion de fortune, l’ancien cadre de Reyl & Cie assure vouloir faire le ménage dans un système qu’il connaît comme «praticien» et dont, manifestement, il maîtrise les techniques. Avant Reyl & Cie, où il a travaillé jusqu’en 2010 dans le «family office» -il était alors une sorte de super-régisseur chargé d’optimiser le patrimoine de familles fortunées-, le quadragénaire, originaire de Saint-Étienne (Loire), avait été employé par l’UBS. Un parcours professionnel que ses adversaires décrivent comme «instable», ne manquant pas de noter qu’il a été licencié de chez UBS après l’utilisation d’une carte bancaire professionnelle à des fins personnelles. Une condamnation à trois mois de prison avec sursis pour «abus de confiance» figure sur son casier judiciaire suisse, relèvent ses détracteurs.

Sur les bords du Léman, Pierre Condamin-Gerbier était par ailleurs le responsable de la délégation UMP de Genève jusqu’en 2008 et se décrit comme «déçu» après la campagne présidentielle de 2007 au cours de laquelle Éric Woerth, trésorier de la campagne, et Patrick Devedjian se rendirent à Genève pour une soirée politique notamment destinée au «premier cercle» des donateurs de l’UMP.

La requête bien vague de Bercy

À défaut de détails sur cette «liste» remise aux juges, l’audition devant la commission Cahuzac est surtout l’occasion pour Pierre Condamin-Gerbier de répéter que, dans l’affaire, le gouvernement «a volontairement posé des questions pour avoir les réponses qu’on souhaitait obtenir». Autrement dit, que la demande transmise par la France aux autorités suisses pour savoir si le ministre du Budget avait été détenteur d’un compte caché avait été mal formulée. Jérôme Cahuzac est soupçonné d’avoir ouvert en 1992 un compte à l’agence UBS de Genève avant que les fonds soient transférés chez Reyl & Cie puis à Singapour en 2009.

«Il y a deux scénarios, soit c’est de l’incompétence (requête mal rédigée, NDLR), soit c’est volontaire. Dans ce cas, on pouvait être persuadé de l’innocence (de Cahuzac) et vouloir gagner du temps, ou bien, sa culpabilité étant connue, c’était la seule façon de l’aider à se dédouaner.» En d’autres termes, la requête aurait été vague à dessein. Début 2013, la Suisse avait répondu par la négative à la demande française sur un éventuel compte du ministre. Il avait ensuite fallu attendre que la justice soit saisie pour obtenir des informations plus conformes à la réalité finalement avouée par Jérôme Cahuzac. De son côté, Reyl & Cie se réserve le droit d’engager des poursuites contre «toute affirmation qui pourrait porter atteinte à ses intérêts légitimes».

lefigaro.fr

Cette entrée a été publiée dans Actualités, Economie, International, Multimedia, avec comme mot(s)-clef(s) . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Réagir