Tunisie: François Hollande en mission délicate à Tunis

Pour sa visite en Tunisie les 4 et 5 juin, la première d’un président français depuis la révolution, François Hollande a tenu à montrer qu’il incarnait le changement dans les relations franco-tunisiennes. Une mission plus délicate qu’il n’y paraît, dont les différentes étapes ont été accomplies avec un succès inégal.

Entre gerbe de fleurs en hommage aux martyrs de l’indépendance et demande de pardon au nom de la France à Om el Khir Hached, veuve du leader syndicaliste et nationaliste assassiné par l’organisation de la Main rouge en 1952, François Hollande semble avoir transformé sa visite d’État en Tunisie en acte de contrition.

Revenant sur les rapports, à la fois houleux et passionnés, de la Tunisie avec l’ancienne puissance coloniale, il a surtout tenté de faire oublier le soutien apporté à Ben Ali par l’Hexagone, particulièrement sous le quinquennat de son prédécesseur Nicolas Sarkozy. En geste de bonne volonté, François Hollande s’est engagé à la restitution des biens mal acquis du clan Ben Ali mis sous séquestre en France. Tourner la page, oublier que la France a été très réservée quant à la légitimité de la révolution, doit faciliter l’identification de champs de coopération et l’édification de nouveaux partenariats.

Ce que le forum tuniso-français s’est appliqué à faire, tout en offrant un cadre à la signature de plusieurs accords en matière de transports, d’énergies renouvelables, d’infrastructures et de tourisme. Une manière de renouer des relations économiques et commerciales avec un gouvernement qui a tendance à préférer les fournisseurs turcs ou asiatiques aux européens. La reconversion de 60 millions d’euros des créances tunisiennes en investissements et un soutien de 500 millions d’euros à des projets identifiés par l’Agence française de développement (AFD), devaient achever de convaincre les plus récalcitrants.

Terrain miné

Signal d’un départ sur de nouvelles bases ? L’intention du moins y est. Dans un autre domaine, le chef de l’État français s’est engagé à assouplir les formalités d’obtention des visas afin d’encourager la mobilité des jeunes, ces décideurs de demain. En matière de droits de l’homme, il a rappelé que « la vigilance (était) nécessaire », tout en soulignant, à la tribune de l’Assemblée nationale constituante, que la Tunisie démontrait la compatibilité entre « l’islam et la démocratie ». Se hasardant alors en terrain miné, il usait ainsi d’un argument abondamment servi par les médias français à la veille des élections tunisienne du 23 octobre 2011.

« Il n’y a jamais eu de conflit entre l’islam et la démocratie, ni entre musulmans et démocratie, mais il y a toujours eu des problèmes entre les islamistes et la démocratie, et depuis qu’ils sont au pouvoir, il y a carrément conflit entre les islamistes et les musulmans » s’insurge de son côté le blogueur et journaliste Haythem el Mekki.

>> Lire : «Les dossiers chauds d’une visite très attendue»

Au final, la première visite d’un chef d’État français après la révolution tunisienne a été une mission délicate. À vouloir éviter que ses propos ne soient interprétés comme de l’ingérence, François Hollande à réduit ses marges de manœuvre, mais cela était sans doute également justifié par un contexte régional tendu et des sensibilités exacerbées par la crise égyptienne.

C’est dans ce sens qu’un des temps fort de ce voyage a été la conférence de presse donnée par les deux présidents. François Hollande soulignait que « la France prenait acte de la situation en Égypte » tandis qu’à ses côtés le président tunisien, Moncef Marzouki, condamnait « une atteinte à la légitimité. »

Jeuneafrique.com

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