Libre-échange : coup d’envoi des négociations Europe-Etats-Unis

Le dossier très attendu d’un possible accord de libre-échange entre l’Union européenne et les États-Unis est empoisonné par les révélations d’espionnage américain.

Les négociations entre l’Union européenne et les États-Unis sur accord de libre-échange débutent aujourd’hui à Washington, dans une atmosphère empoisonnée par les révélations sur l’espionnage américain.

C’est en France que cette avancée commerciale, attendue depuis des lustres des deux côtés de l’Atlantique, a pris le tour le plus controversé. D’abord sur la question de «l’exception culturelle», dont Paris a obtenu le maintien en agitant la menace d’un veto aux négociations, contre une majorité des capitales de l’UE. Ensuite avec la controverse sur les écoutes de la NSA. Là, les Européens n’ont pas suivi Paris dans sa volonté de retarder la discussion commerciale.

La négociation, conduite par l’Européen Ignacio Garcia Bercero et le représentant de la Maison-Blanche pour le commerce Michael Froman, commence à l’heure dite. Et sans que François Hollande ait obtenu les «garanties» et les «éclaircissements» exigés à l’Administration Obama.

L’Allemagne, première puissance économique de l’UE, illustre bien l’ambivalence du Vieux Continent. Aux yeux d’Angela Merkel, l’essor du commerce transatlantique «reste la plus haute priorité». Mais la chancelière n’admet pas que les accusations contre l’espionnage américain se retrouvent «balayées sous le tapis». En l’absence de front commun, le ministre de l’Intérieur Hans-Peter Friedrich se rendra dès la fin de la semaine à Washington.

Les deux blocs attendent un coup de fouet d’une levée des derniers obstacles à un commerce déjà sans équivalent. Sur fond de récession en Europe, Bruxelles évalue le bénéfice escompté à 1/2 point de PNB dès la mise en œuvre d’un accord, voire à 1 % en rythme de croisière. Les échanges de marchandises entre les deux blocs atteignent annuellement plus de 450 milliards d’euros, les services 900 milliards. Les investissements croisés dépassent de très loin ce que l’un comme l’autre ont engagé en Chine et dans le reste du monde émergent.

De la parole aux actes

Les barrières douanières ne font pas problème: elles sont déjà très basses de part et d’autre – en dessous de 4 % en moyenne – et leur élimination fait consensus à part quelques secteurs protégés. Les tractations porteront davantage sur les obstacles réglementaires, à savoir les normes exigées des deux côtés de l’Atlantique, notamment pour l’automobile, l’alimentation et la santé.

La polémique sur l’espionnage politique de l’Europe par la NSA a renflammé un dossier voisin: celui de la protection des données informatiques privées. Sous pression du Parlement européen, la Commission menace de revenir sur deux accords récents avec Washington, l’un sur l’échange de données sur les passagers aériens (PNR), l’autre sur la surveillance électronique des flux financiers (Swift).

La diplomatie américaine les avait arrachés de haute lutte aux eurodéputés, faisant valoir que les «services» du Vieux continent bénéficiaient en retour des informations et des analyses glanées du côté américain. Cette donne-là n’a pas changé et la question reste de savoir si les capitales européennes admettraient que Bruxelles puisse passer de la parole aux actes.

lefigaro.fr

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