Graça Machel, la digne épouse de Nelson Mandela

Graça Machel veille Nelson Mandela jour et nuit, évite les querelles familiales, agit avec tact. L’épouse du héros de l’apartheid est le seul membre de son entourage à susciter l’admiration des Sud-Africains.

Ce 4 juillet, la guerre intestine à laquelle se livre le clan Mandela a atteint son apogée. Alors que l’ancien président était toujours dans un « état critique » et que seize membres de sa famille venaient de remporter leur procès contre Mandla Mandela, son petit-fils, pour une sombre histoire de sépultures déplacées, ce dernier donnait une conférence de presse. Devant les caméras du monde entier braquées sur le village de Qunu, le rebelle, vexé par sa défaite, a dit tout le mal qu’il pensait de sa tante Makaziwe (« elle sème la division dans la famille ») et de ses frères, Mbuso (« il a engrossé ma femme ») et Ndaba (« c’est un enfant illégitime »).

Au même moment, à Johannesburg, Graça Machel, l’épouse du héros de la lutte contre l’apartheid, prenait son contre-pied. « Tant que Madiba est à l’hôpital, il nous permet d’être à nouveau tous unis », a-t-elle assuré, s’exprimant pour la première fois depuis des semaines. Pendant que les Mandela se déchirent, exaspérant les Sud-Africains, Graça (67 ans) fait face avec dignité. Au chevet de son mari presque sans interruption – elle passe ses nuits sur un fauteuil -, la troisième épouse de Nelson Mandela est aujourd’hui la seule à faire l’unanimité.

Cas unique dans l’Histoire, Graça Machel est devenue, en 1998, première dame pour la seconde fois, convolant avec Nelson Mandela – de 27 ans son aîné – le jour de son 80e anniversaire. Elle fut en effet l’épouse de Samora Machel, le premier président du Mozambique indépendant. Cette femme brillante (diplômée en droit, elle parle six langues), qui avait rejoint la guérilla contre les colons portugais, fut ministre de l’Éducation et de la Culture du Mozambique de 1975 à 1989. Issue d’une famille modeste pour qui l’ascension sociale passait par l’éducation (elle était, au lycée, la seule Noire dans une classe de 40 élèves), elle se fit remarquer par ses vastes programmes d’alphabétisation.

En 1986, la mort de Samora Machel dans un crash aérien – aux circonstances jamais élucidées – alors qu’il survolait l’Afrique du Sud la plonge dans un deuil douloureux. Depuis Robben Island, Mandela lui envoie une lettre de condoléances. Réponse de Graça : « De votre vaste prison, vous m’avez envoyé un rayon de soleil dans mes heures les plus sombres. »

Graça fait l’unanimité

Après sa libération, en 1990, Mandela ne parvient pas à renouer avec Winnie, sa femme, devenue une pasionaria radicale. Sa liaison avec Graça ne débute vraiment qu’après son divorce, en 1996. « Nous étions alors tous les deux très seuls », confiera Graça. Amère, Winnie l’appelle « cette concubine ». Mais Graça insiste pour que l’ex-épouse apparaisse lors des grands événements. Elle se fait discrète, sentant que les Sud-Africains, encore attachés à Winnie, peinent à accepter qu’une étrangère épouse le héros national. Graça n’a de toute façon besoin ni de sa gloire (elle conserve le nom de son défunt mari) ni de son argent (elle possède des participations dans un fonds d’investissement au Mozambique).

Une attitude qui lui vaut aujourd’hui un respect unanime. Ce qui n’est pas le cas de Winnie, dont l’image a été écornée par son rôle trouble dans une vieille affaire d’assassinat. Ou de Makaziwe, l’aînée des enfants Mandela, qui tente d’obtenir en justice la destitution des gestionnaires de la fortune familiale désignés par son père. Quant à Mandla, le chef traditionnel du clan, il a intrigué pour que son grand-père soit enterré à Mvezo, son propre village, contrevenant à ses dernières volontés. Pour l’en empêcher, Graça s’est jointe à la plainte du reste de la famille tout en évitant soigneusement de s’exprimer sur le sujet. Au point que Mandla a fait appel à elle pour trancher la dispute. Même lui n’oserait pas contester son autorité.

Jeuneafrique.com

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