Affaire Cahuzac : trois ministres sur la défensive

Auditionné par la commission d’enquête après Taubira et Valls, Moscovici a confirmé qu’une réunion avait bien eu lieu le 16 janvier à l’Élysée

«Il n’y a pas eu de dysfonctionnement» dans nos services. C’est en substance ce qu’ont affirmé les trois ministres auditionnés mardi par la commission d’enquête parlementaire chargée de faire la lumière sur la gestion par le gouvernement de l’affaire Cahuzac: Christiane Taubira (Justice), Manuel Valls (Intérieur) et Pierre Moscovici (Économie). Le ministre délégué au Budget a été contraint de démissionner le 19 mars dernier, moins d’une heure après l’annonce par le parquet d’une information judiciaire le concernant pour blanchiment de fraude fiscale.

Interrogée par le député UMP du Rhône, Georges Fenech, ancien juge d’instruction, Christiane Taubira a manifesté son agacement: «Que ça vous étonne ou que ça vous déplaise (…) Je n’ai jamais parlé de cette affaire ni avec M. Valls ni avec M. Moscovici ni avec M. Cahuzac ni avec personne d’autre.» La garde des Sceaux a ajouté, visiblement énervée: «Ma responsabilité, c’est que la justice fonctionne. Et il se trouve qu’elle a bien fonctionné, qu’elle a été efficace, qu’elle a été diligente.» «Vous n’avez pas à répondre sur un ton agressif», a répliqué Daniel Fasquelle (UMP), pour lequel l’affaire révèle des dysfonctionnements au plus haut niveau de l’État. «Je vois bien où vous voulez en venir, c’est-à-dire charger le président de la République de choses qui ne relèvent pas de lui, charger le gouvernement (…) d’enquêtes judiciaires qui ne relèvent pas de lui», a rétorqué la ministre de la Justice, qui n’a pas considéré que l’ouverture d’une enquête fiscale, une semaine après celle d’une enquête pénale, posait problème.

Ministre de tutelle de Jérôme Cahuzac, Pierre Moscovici a dénoncé devant les députés «les quatre reproches» qui lui ont été adressés: «complicité, duplicité, incompétence, manipulation». «Aucun ne tient la route», a voulu démontrer le ministre de l’Économie. Rappelant sa méthode du «doute méthodique» au regard de «la confiance» qu’il avait «placée en un homme», Moscovici a réaffirmé ce qui est sa ligne de défense depuis le début de l’affaire: «Tout au long de cette procédure, nous avons laissé l’administration fiscale agir», insistant sur le fait qu’elle avait travaillé «avec probité, efficacité, de façon exemplaire».

«Vous maniez le paradoxe»

Le ministre a confirmé qu’une réunion avait bien eu lieu le 16 janvier à l’Élysée, en marge du Conseil des ministres, entre François Hollande, Jean-Marc Ayrault, Jérôme Cahuzac et lui-même, au cours de laquelle Pierre Moscovici a «informé» le président et le premier ministre de la possibilité d’une demande d’entraide fiscale avec la Suisse concernant l’affaire. Jérôme Cahuzac était «serein», il «n’a pas été associé à la rédaction de la demande ni informé de ses conclusions», a insisté le ministre. «Vous maniez le paradoxe. Vous avez un doute mais vous faites confiance», a relevé le président UDI de la commission d’enquête, Charles de Courson.

Le ministre de l’Intérieur Manuel Valls a de son côté affirmé lui aussi qu’il n’avait «jamais disposé d’aucun élément oral ou écrit démontrant que M. Cahuzac avait un compte à l’étranger ou en Suisse». L’hôte de la Place Beauvau a ajouté qu’il avait eu l’occasion de dire «oralement» au président de la République et au premier ministre qu’il «ne disposait d’aucun élément».

Manuel Valls a expliqué qu’en décembre 2012, la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) lui avait transmis une note blanche concernant une dénonciation pour fraude fiscale ne visant pas nommément Cahuzac, en date d’avril 2009 complétée en février 2011. Note que le ministre a déclassifiée pour la transmettre aux membres de la commission d’enquête. «En aucun cas, je n’ai demandé à la DCRI d’enquêter sur Jérôme Cahuzac. Et je n’avais pas à le faire», a martelé Manuel Valls. Le ministre de l’Intérieur a lui aussi confirmé qu’il n’avait jamais parlé de «l’affaire» Cahuzac «ni avec Pierre Moscovici ni avec Christiane Taubira».

lefigaro.fr

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