Nelson Mandela : ce père de tout un peuple que sa famille regardait de loin

Anciens ministres, camarades de prison, chefs traditionnels ou petits-enfants ont fait, un jour ou l’autre, partie de la vie de Nelson Mandela. Aujourd’hui, chacun juge normal de se l’approprier.

«On nous l’a toujours un peu volé, notre grand-père. Pour devenir l’icône mondiale qu’il est aujourd’hui, il s’est quasiment isolé de sa propre famille.» Cette déclaration que Mandla Mandela, petit-fils de Nelson Mandela, faisait au Figaro alors que son grand-père était toujours en activité est plus que jamais d’actualité aujourd’hui.

Anciens ministres, camarades de prison, chefs traditionnels ou petits-enfants, tous ceux qui se sont précipités ces dernières semaines au chevet du premier président noir du pays ont fait, un jour ou l’autre, partie de la vie du grand homme. Chacun aujourd’hui juge normal de se l’approprier, y compris les médias qui campent depuis trente-neuf jours devant l’hôpital de Pretoria dans l’espoir de glaner quelques détails sur son état de santé.

«Quand j’étais enfant, mon père était toujours présent, mais il n’était jamais vraiment là. En tout cas, il n’a jamais été disponible pour nous», confiait à la presse locale Makaziwe Mandela. La fille aînée de Nelson Mandela, qui a souvent exprimé ce sentiment d’abandon, a pris sa revanche sur l’histoire. Elle gère désormais les affaires familiales comme si elle avait été mandatée par le patriarche.

Son attitude provoque la colère de ses demi-sœurs, Zindzi et Zenani. Ces dernières n’ont pas vraiment connu leur père, qui a été emprisonné quand elles n’avaient pas cinq ans, mais elles se targuent d’avoir au moins partagé sa lutte. Leur mère, Winnie Madikizeka-Mandela, a joué un rôle politique plus important dans l’histoire du pays qu’Evelyne, la première femme de Nelson Mandela, qui détestait la politique. Dans cette course à la légitimité, Graça Machel, qui a épousé Madiba le jour de ses 80 ans, ne se fait pas oublier. Sa dévotion au chevet de son mari malade suscite l’admiration de tous.

Sa vie publique a très vite été plus importante que sa vie privée

L’homme, pourtant, n’avait jamais caché ses préférences. Son Long chemin vers la liberté, titre de son autobiographie, conte ses sacrifices successifs. Sa vie publique a très vite été plus importante que sa vie privée. Les apparatchiks du Congrès national africain (ANC), le parti au pouvoir en Afrique du Sud depuis 1994, considèrent qu’«il appartient au parti à qui il a donné sa vie». L’homme et l’organisation ont d’ailleurs quasiment le même âge.

Fondé en 1912, le parti de libération ne serait pas aujourd’hui au pouvoir à Pretoria sans le rôle crucial joué par son mentor. Mais Nelson Mandela ne serait pas non plus devenu président sans son outil de mobilisation. C’est Nelson Mandela qui a fondé la Ligue de la jeunesse en 1944. C’est également lui qui a fondé la branche armée de l’ANC en 1961. Quoi de plus normal que les responsables de l’ex-mouvement de libération organisent des autobus bourrés de militants pour venir chanter et danser devant l’hôpital?…

«Si Mandela est devenu le modèle, l’autorité morale de tout un pays, c’est aussi parce qu’il était un excellent chef d’État. Il savait ce qui était faisable et ce qui ne l’était pas», fait remarquer Roelof Frederik Botha, ministre des Affaires étrangères de 1977 à 1994. La réputation du champion de la réconciliation a très vite transcendé les frontières de son pays. «Nous, les Blancs, nous l’honorerons à jamais. Il ne faut pas oublier que dans les années 1990 tout le monde s’attendait à ce que le conflit s’aggrave. Mandela est de ceux qui ont réussi à boucher le fossé qu’il y avait entre nous. C’était un miracle. Il en est le chef d’orchestre», reprend l’ancien ministre.

Ses funérailles auront une dimension mondiale. Plus de 200 chefs d’État sont attendus. Devant son domicile de Houghton, les illustres inconnus continuent à lui souhaiter longue vie en déposant régulièrement des fleurs. «Nous aussi, on pense à lui. Ma famille à New Delhi me demande toujours des nouvelles. Comme Ghandi, Mandela finira par échapper à son propre peuple», explique une institutrice sud-africaine d’origine indienne résidant à Lenasia, banlieue de Johannesburg.

Un sondage de la fin des années 1990 révélait que Nelson Mandela était, après Coca-Cola, la marque déposée la plus populaire au monde. Les semaines de battage médiatique autour de son hospitalisation n’ont sans doute fait qu’accroître ce sentiment de sympathie unanimement partagé. Les médias qui l’ont fait roi le savent. Parmi les journalistes qui continuent leur interminable planque devant l’hôpital de Pretoria, certains ont passé plus de temps avec l’icône, pendant les années de transition, que certains de ses petits-enfants, élevés hors du pays. Mandela n’appartient à personne et à tous.


L’agonie de l’icône, un business lucratif pour les membres de la famille

C’est Makaziwe, la fille aînée de Nelson Mandela, qui traitait fin juin la presse internationale de «vautours». Quelques jours plus tard, la chaîne américaine était accusée par la presse locale de monnayer sa présence au sein de la maison familiale de Nqunu pour couvrir les funérailles de Nelson Mandela. Un article du Sunday Independant du 7 juillet faisait état d’une réunion de préparation des funérailles entre la famille et le gouvernement. Makaziwe a «exigé» qu’une caméra de CNN puisse pénétrer au sein du périmètre militaire où aucun journaliste – même local – n’aura le droit d’entrer. «Je n’ai pas à discuter devant vous de mes plans unilatéraux de couverture des funérailles», se défendait Kim Norgaard, le chef du bureau de CNN à Johannesburg devant l’Association des correspondants étrangers (Foreign Correspondent Association). Ses confrères étaient d’autant plus choqués par ces méthodes bien peu éthiques qu’ils cherchent depuis plusieurs années à organiser avec le gouvernement un pool d’images décent pour couvrir l’événement.

Reste à savoir combien CNN propose pour ce genre d’exclusivité. «Chacun sait que la famille Mandela ne fait rien sans rien», confie un proche de Zindzi, autre fille de l’icône, qui a plus d’une fois vendu les droits télévisuels d’événements familiaux. Nelson Mandela  est toujours vivant, mais l’argent change déjà de main.

lefigaro.fr

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