Reprise surprise des négociations israélo-palestiennes

Le secrétaire d’État américain, John Kerry, est parvenu à convaincre les deux camps de reprendre des pourparlers de paix, qui devraient commencer la semaine prochaine.

John Kerry a fini par réussir. Au terme de sa sixième tournée au Proche-Orient, le secrétaire d’État américain a finalement obtenu la reprise des pourparlers entre Israéliens et Palestiniens, après une longue et difficile médiation. «Nous sommes parvenus à un accord pour reprendre des négociations directes entre Palestiniens et Israéliens», a annoncé John Kerry à Amman vendredi soir. Les pourparlers entre Tzipi Livni et Saeb Erekat, les négociateurs israélien et palestinien, devraient commencer dès la semaine prochaine à Washington. Ce succès inattendu est intervenu après une semaine d’intenses négociations où tout a failli tourner une fois de plus au fiasco.

Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, était rentré jeudi d’Amman où il avait longuement rencontré Kerry pour présenter les propositions américaines au Fatah et à l’OLP à Ramallah. Contre toute attente, le comité exécutif de l’OLP avait refusé la proposition, demandant que soient clairement stipulées les frontières de 1967 comme base des négociations, l’arrêt de la colonisation et la promesse de libération de prisonniers palestiniens détenus en Israël. Kerry a dû reporter son retour aux États-Unis et se rendre à Ramallah vendredi après-midi à bord d’un hélicoptère jordanien pour faire revenir les Palestiniens sur leur décision.

Déjà passablement compliquées sur le fond, les négociations israélo-palestiniennes sont devenues encore plus inextricables depuis leur suspension en 2010, les deux parties ayant rajouté un niveau de complexité en demandant des garanties préalables à la reprise du dialogue. Les Palestiniens demandent que les négociations se fassent sur la base des frontières de 1967, et qu’Israël suspende ses activités de colonisation. Israël rejette catégoriquement ces «préconditions», tout en réclamant que les Palestiniens reconnaissent d’abord Israël comme «État juif».

Depuis trois ans, les deux parties s’affrontent dans un «jeu du blâme», dont le but est de présenter l’adversaire comme responsable du blocage aux yeux des Américains et de la communauté internationale.

Compromis fragile

Pour débloquer la situation, les Américains avaient cette fois mis au point un système de lettres: aux Palestiniens, Washington reconnaît le principe de négociations sur la base des frontières de 1967 avec des ajustements de frontières. Aux Israéliens, les Américains garantissent la reconnaissance d’Israël comme État juif, et que l’issue des négociations mettra un point final au conflit.

La manœuvre a fini par réussir. Les Américains, qui agissent en coulisse depuis des mois, ont pressé les deux parties de faire un effort. Nétanyahou, qui semble avoir renoué des liens plus cordiaux avec Obama, a depuis plusieurs mois gelé, sans l’annoncer, les nouveaux projets de construction dans les colonies. Mahmoud Abbas, qui s’est vu promettre par Washington un plan d’aide économique généreux, a fini par assouplir ses conditions.

Vendredi soir, chaque camp a tenu à saluer cette avancée. La présidence palestinienne a fait part des «progrès» réalisés, même s’il reste «des détails à régler». On a eu «de longs mois de scepticisme et de cynisme», a pour sa part déclaré la ministre de la Justice et chef des négociateurs israéliens, Tzipi Livni, dans un communiqué. «Mais à présent, quatre ans de marasme diplomatique approchent de leur fin». «Je sais que dès que les négociations commenceront, elles seront complexes et pas faciles», a-t-elle poursuivi. «Mais je suis convaincue que c’est la meilleure chose pour notre avenir, notre sécurité, notre économie et nos valeurs».

Le compromis reste cependant fragile. Du côté israélien, plusieurs ministres ont ces derniers jours publiquement refusé toute référence aux frontières de 1967. Du côté palestinien, la vieille garde de l’OLP a renâclé à renouer des pourparlers auxquels les Palestiniens ne croient plus, du moins avec le gouvernement israélien actuel. Sans compter l’ombre du Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza, qui a rejeté vendredi l’annonce de cet accord, déniant une fois de plus la légitimité du président Mahmoud Abbas pour représenter les Palestiniens.

Le succès de Kerry, résultat d’efforts considérables, n’est finalement que de ramener Israéliens et Palestiniens autour d’une table. La réticence de chaque partie à ne serait-ce que reprendre le dialogue et leur profonde méfiance réciproque augurent mal du résultat de pourparlers dont aucun camp ne semble vraiment vouloir.

lefigaro.fr

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