Le pape retrouve l’Amérique du Sud pour les JMJ

Ce premier voyage du Saint-Père en Amérique latine constitue un enjeu pour le continent, comme pour la fonction papale.

Où se situe l’enjeu de ce premier voyage du pape François «à l’étranger»? Ou plutôt «chez lui» sur «son» continent. Ce premier déplacement sera-t-il aussi décisif que ne le fut le premier voyage de Jean-Paul II en Pologne en 1979? Ce fut l’«annonciation» d’une libération historique à venir. Sera-t-il aussi marquant que les premières JMJ de Cologne de Benoît XVI? Ce fut l’«initiation» de ce pape timide.

Au-delà des banalités d’usage sur «le premier voyage en Amérique latine du premier pape latino-américain» – une évidence – il conviendrait de regarder cette «première» à l’envers. C’est-à-dire non pas d’Europe vers l’Amérique latine mais depuis ce continent qui accueille «son» pape et qui entend démontrer quelque chose au monde. Faire par exemple la preuve, avec lui, de la lente sortie de ce continent des griffes du tiers-monde, ce tiers état de la planète. Cette région planétaire est certes marquée par de lourdes plaies sociales mais elle est aussi poussée par un dynamisme sans complexe, y compris économique, dont l’Occident, en crise existentielle, pourrait bien s’inspirer. Montrer ensuite, à travers ce Pape et sur le plan religieux, la créativité et la générosité sans limite des «latinos». Vertus certes freinées par des superstitions tenaces mais fondées sur une foi indéracinable.

Ce Pape âgé mais jeune de cœur, inattendu et écouté,pourrait alors incarner sur la scène internationale la puissante valeur de ce continent face à ceux qui le regarderaient de haut. On revoit alors – à circonstances historiques très différentes – Jean-Paul II qui symbolisait le potentiel de l’Europe de l’Est pourtant méprisée, et auquel personne ne croyait à l’époque. Reste toutefois à savoir si l’Amérique latine, enchaînée dans ses susceptibilités nationales, saura saisir la balle au bond d’un pape continental. Cela conférerait à ce voyage une vocation inaugurale que l’on saisirait plus tard.

Le second enjeu de cette «première» est typiquement «papal». Il faut se souvenir de Benoît XVI aux JMJ de Cologne en 2005. Bras collés au corps, à la limite de la froideur, son entourage devait lui souffler de saluer les jeunes… Ces JMJ-là furent cependant pour lui un baptême du feu. Il en sortit davantage «pape». Ce choc – plus que ce contact – avec la grande foule et non celle, contenue et rassurante, des bras de la place Saint-Pierre, fut initiatique, au sens propre du terme. Comme si le Pape avait pris l’exacte mesure, au sens d’un géomètre, de l’étendue et des exigences concrètes, y compris physiques, de sa responsabilité multinationale.

Une fonction mondialisée

François, lui, a trouvé l’attitude juste dans la minute de son élection. Comme Benoît XVI, il est émotionnel mais il ne le cache pas. Du coup son message passe en instantané. Beaucoup l’attendent, en revanche, sur l’ampleur de sa fonction. Solidement établi sur son statut théologique d’évêque de Rome François récuse toujours, bec et ongles, tout «triomphalisme» papal. Or la foule n’est pas théologienne. Elle attend humblement un «pape». Un pape de tous les catholiques, qui ne limiterait pas volontairement son exercice et donc sa portée.

François peut en effet inventer un nouveau style, toucher profondément les cœurs, cultiver une attitude inédite, alléger son pouvoir, simplifier le Vatican, il n’en demeure pas moins un personnage mondial dont tant de catholiques attendent un leadership sans complexe. Car la papauté est plus que jamais mondialisée: comment les frontières théologiques du diocèse de Rome pourraient emprisonner et amputer la haute respiration d’une telle fonction?

lefigaro.fr

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