Les trous de mémoire de Jérôme Cahuzac

Pour sa deuxième audition devant la commission d’enquête, l’ex-ministre affirme n’avoir pas « souvenir » d’une réunion à l’Élysée.

Jérôme Cahuzac a de singuliers trous de mémoire. «Je n’ai aucun souvenir d’une réunion dans le bureau du président» à l’issue du Conseil des ministres du 16 janvier, a répondu inlassablement l’ancien ministre du Budget, qui était auditionné pour la seconde fois, mardi, par la commission d’enquête chargée de faire la lumière sur d’éventuels dysfonctionnements de l’État. «Je n’ai pas non plus de souvenir de l’échange décrit par Pierre Moscovici à l’issue du Conseil des ministres», a encore déclaré Cahuzac, dont le président de la commission d’enquête, Charles de Courson (UDI) a relevé avec agacement «l’amnésie».

Le ministre de l’Économie Pierre Moscovici a pourtant reconnu la semaine dernière devant la commission d’enquête la tenue d’une réunion «informelle» en marge du Conseil des ministres du 16 janvier, à laquelle participaient François Hollande, Jean-Marc Ayrault, lui-même et Jérôme Cahuzac, pour décider d’une demande d’entraide administrative aux autorités suisses. De son côté, Alain Claeys, le rapporteur PS de la commission, affirme avoir «l’intime conviction que la réunion a eu lieu».

Audition inutile

Georges Fenech (UMP, Rhône) est revenu sur la réunion du 16 janvier, demandant à entendre le premier ministre sur ce point. Une demande appuyée par Charles de Courson et Philippe Houillon. Ce dernier réclamant en outre une nouvelle convocation de Pierre Moscovici pour faire la lumière sur cette fameuse réunion du 16 janvier.

Les silences de l’ancien ministre ont beaucoup énervé les élus de l’opposition. Surtout venant d’un ancien ministre qui parlait sans note, avec une connaissance parfaite des arcanes du budget, a souligné l’élu du Nord, Gérald Darmanin. «L’ironie et la menace ne me feront pas souvenir de ce dont je ne me souviens pas», a rétorqué Cahuzac, qui «ne réclame aucune compassion ni pitié».

«Nous ne pouvons pas recevoir vos paroles. Ce n’est pas crédible», a lancé Georges Fenech. «Tout à l’heure, le président maniait l’ironie, vous maniez la menace, c’est votre choix», a répondu sèchement Cahuzac. «Je ne permets pas que vous me parliez sur ce ton, s’est insurgé l’ancien juge d’instruction. Ce n’est pas une menace mais un rappel à vos obligations.» En réponse à Marie-Christine Dalloz (UMP, Jura), Cahuzac a ajouté: «La seule conclusion raisonnable, c’est que Pierre Moscovici se souvient d’une réunion ou d’un échange de mots, alors que moi, je ne m’en souviens pas. La chose ne me paraît pas choquante.» Philippe Houillon s’est insurgé contre le «mépris» de l’ancien ministre qui «balade» la commission. Le député UMP du Val-d’Oise a laissé entendre que cette audition était inutile.

«Choix catastrophique»

En deux heures et dix minutes d’audition, Cahuzac a gardé la même ligne de défense: «Quelle que soit la version retenue par les uns ou les autres (…) à aucun moment il n’y a eu de prise en défaut de la “muraille de Chine” (…) car à aucun moment je n’ai été associé à la demande d’entraide avec la Suisse.» Il a reconnu avoir essayé, sans succès, d’obtenir une attestation négative de la part d’UBS.

Interrogé par Cécile Untermaier (PS) avec plus de ménagement: «Avez-vous souvenir d’avoir évoqué la question de cette demande d’entraide» avec le premier ministre ou le président? Cahuzac a répondu: «Oui, avec le premier ministre. Il s’agissait d’échanges personnels qui n’avaient pas trait à la procédure.» Ces échanges relevaient selon lui de «l’amitié». «Le choix que j’ai fait en commençant par mentir devant le président de la République, le premier ministre puis devant la représentation nationale est un choix catastrophique. J’en paye aujourd’hui un prix très élevé», a-t-il reconnu.

lefigaro.fr

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