Un deuxième assassinat politique à Tunis

L’opposition lie le meurtre de Mohammed Brahmi à celui de Chokri Belaïd et accuse les islamistes au pouvoir.

Six mois après l’assassinat de l’opposant Chokri Belaïd, le député de l’opposition Mohammed Brahmi a été tué jeudi, en fin de matinée, alors qu’il sortait de son domicile, situé cité el-Ghazela à l’Ariana, une banlieue de Tunis. Le visage rond barré d’une épaisse moustache, ce nationaliste arabe avait rejoint le Front populaire le 10 février 2013, soit quatre jours après l’assassinat de Chokri Belaïd, le leader de cette formation de gauche.

«Un scénario à la Chokri Belaïd», murmure-t-on à l’hôpital Mahmoud el-Materi où le corps de l’élu est arrivé à 12 h 25 (heure de Tunis). La veille, Nourredine Bhiri, ministre conseiller du chef de gouvernement, a annoncé que les «auteurs de l’assassinat de Chokri Belaïd» étaient «identifiés» et que des détails seraient «bientôt» révélés par le ministère de l’Intérieur.

Ennahda dénoncé

Selon les premiers témoignages, deux hommes en scooter ont tiré onze balles sur l’élu de Sidi Bouzid, berceau de la «révolution». «Une voiture attendait plus loin», raconte Balkis, sa fille, qui appelle le peuple à se révolter. À Sidi Bouzid, le local d’Ennahda a été brûlé par des manifestants. La police a aussi fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser plusieurs centaines de manifestants qui ont occupé un local administratif à Sfax, à 250 km au sud de la capitale. Des milliers de personnes se sont par ailleurs rassemblées spontanément devant le ministère de l’Intérieur, situé avenue Habib-Bourguiba, artère principale de Tunis. Des gaz lacrymogènes ont été lancés par les forces de l’ordre.

Devant l’hôpital, où des centaines de personnes se sont massées, Samir Taieb, député el-Massar, se dit «consterné». Chahuté par la foule qui crie «démission» et demande «la dissolution» de l’Assemblée, l’élu assure «partager leur colère». «Cela fait presque deux ans qu’ils ont été élus et il n’y a toujours pas de Constitution. On ne croit plus au consensus. On ne croit plus en la tenue d’élections indépendantes. Ils doivent partir», s’énerve le jeune Elyes. «Aujourd’hui, Ennahda doit être destitué», scande la foule. «Ce n’est peut-être pas Ennahda qui a fait ça, mais ils n’ont pas pu rétablir la sécurité. Ils sont responsables d’une certaine manière», note Afef, une trentenaire qui a quitté son travail à l’annonce de la nouvelle.

«Un meurtre contre l’État»

«Je n’imaginais pas qu’en entrant à l’ANC, qui devait être un moment historique pour la Tunisie, cela se transformerait en bain de sang. Maintenant, c’est fini», déclare amèrement Karima Souid, députée el-Massar, qui appelle à la «dissolution de l’Assemblée». Pour le député du Parti républicain, Ahmed Najib Chebbi, «le gouvernement et l’ANC sont morts». Des députés de l’opposition évoquent une démission collective alors que l’Assemblée peine à élire l’instance des élections et à trouver un consensus sur la Constitution.

Moncef Marzouki, le président de la République tunisienne, a «condamné» cet assassinat, survenu le jour du 56e anniversaire de la fête de la République, appelant les Tunisiens à «ne pas tomber dans le piège de la violence». Pour Rached Ghannouchi, le leader du parti Ennahda et cible principale des manifestants, «c’est un meurtre contre l’État tunisien et la démocratie». Il se dit prêt à composer avec l’opposition «pour sortir le pays de la crise». Un assassinat également condamné «avec la plus grande fermeté» par François Hollande.

Ce vendredi, à 9 h 30, heure de Tunis, devrait se tenir une séance plénière à l’Assemblée constituante «sur la violence politique dans le pays», tandis que l’UGTT, la puissante centrale syndicale, appelle à une grève générale sur tout le territoire.

lefigaro.fr

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