Silvio Berlusconi ira-t-il en prison ?

La Cour de cassation se réunit aujourd’hui pour étudier un pourvoi du Cavaliere contre une condamnation à quatre ans de prison. Mais, en raison d’une loi d’amnistie, il pourrait ne purger qu’un an de détention et, compte tenu de son âge, se verrait proposer une simple assignation à résidence.

La Cour de cassation se réunit ce mardi à Rome pour étudier un pourvoi de Silvio Berlusconi contre une condamnation à quatre ans de prison et cinq années d’inéligibilité pour fraude fiscale dans une transaction de droits télévisés de son groupe de médias, Mediaset, avec les majors américaines, alors qu’il était président du Conseil des ministres.

Confrontée au risque que les pour­suites soient déclarées prescrites le 15 septembre prochain, la Cour suprême a pris seulement douze jours pour décider de se réunir, un record de brièveté. «Louable effort s’il était appliqué à tous les justiciables», a ironisé l’ancien président du Sénat, Renato Schifani, un proche de Berlusconi. La décision devrait intervenir au plus tôt mercredi ou jeudi.

Le procès avait déjà été lui-même expéditif. Après un premier jugement en octobre, la cour d’appel l’avait confirmé en décembre, en présentant une photocopie de la première condamnation, sans même modifier une seule virgule. Ces derniers mois, le Cavaliere a perdu tous ses recours en justice. Le 24 juin dernier, le tribunal pénal de Milan lui a infligé sept ans de prison et une inéligibilité à vie pour trafic d’influence et relations sexuelles tarifées avec une mineure, dans le procès Rubygate.

C’est une pièce lourde de conséquences qui va se jouer à Rome. Silvio Berlusconi pourrait se voir exclu du Parlement – ce qui ne manquerait pas de susciter une révolte de ses partisans – après avoir dominé la vie politique italienne pendant dix-neuf ans et dirigé un gouvernement pendant neuf ans. Pourraient être modifiés les équilibres politiques de la fragile coalition d’Union nationale formée le 28 avril par le vice-président du Parti démocrate, Enrico Letta. Et aussi la durée de la législature qui a commencé aux élections de février dernier. Pour Giorgio Napolitano, qui est à la fois le chef de l’État et le président du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), «le recours fréquent et facile à des élections anticipées est une des plus dangereuses pathologies de la politique italienne».

À la veille de l’audience, chacun s’efforçait d’en atténuer les répercussions sur la survie du gouvernement. Pour le président du Sénat, l’ancien magistrat Pietro Grasso, «il importe surtout qu’une majorité soutienne avec force la stabilité de l’exécutif». Le président du Conseil, Enrico Letta, a déclaré à plusieurs reprises que «les problèmes judiciaires de Berlusconi ne doivent pas affecter la cohésion du gouvernement». Quant au Cavaliere lui-même, depuis plusieurs semaines, il affirme qu’il «ne cherchera pas à faire tomber ce gouvernement»: «Je le maintiendrai en vie quoi qu’il advienne, pour deux ans au moins», affirmait-il la semaine der­nière.

«Je ne m’exilerai pas»

Dimanche, le quotidien politique Libero, qui lui est proche, a publié une interview faisant apparaître ses vives préoccupations. Il affirme «ne plus dormir depuis un mois»: «Je me réveille la nuit et je regarde le plafond en pensant à ce qu’ils (les juges) m’ont fait. J’étais président du Conseil. Comment aurais-je pu avoir connaissance des contrats de cession de droits télévisés qui étaient négociés par mon groupe?»

«Je ne m’exilerai pas», lance-t-il dans une référence à l’ex-leader socialiste Bettino Craxi, mort en exil à Hammamet (Tunisie) en l’an 2000. «Je n’accepterai pas d’être assujetti à des travaux d’intérêt général comme un vulgaire criminel qui doit être rééduqué. À bientôt 77 ans (le 29 septembre), j’aurais droit à la résidence surveillée, mais si la Cour de cassation me condamne, qu’elle prenne la responsabilité de m’envoyer en prison.»

Une rentrée politique mouvementée

Ses proches appellent à la mobilisation. «Une attaque extrêmement grave est en cours depuis deux mois contre Silvio Berlusconi et contre l’histoire et le projet politique du PDL. Cette sentence pourrait changer tous les équilibres politiques et porter gravement tort au pays tout entier», affirme le numéro deux du PDL et ancien ministre de l’Éducation Mariastella Gelmini.

Silvio Berlusconi exclut de rester «les mains dans les poches après le 30 juillet: nous n’accepterons aucune suspension de la démocratie». Ce rude batailleur prépare une rentrée politique mouvementée. Il redonnera vie en septembre à Forza Italia, le mouvement politique qu’il avait lancé en 1994, lors de son entrée en politique. Liquidant le «Peuple de la liberté» (PDL) né de la fusion, en mars 2009, de Forza Italia avec l’ex-mouvement néofasciste MSI de Gianfranco Fini. «Ceux qui espèrent me contraindre à la retraite politique par la voie judiciaire se font des illusions», dit-il.

lefigaro.fr

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