WikiLeaks : Bradley Manning, espion moins traître que prévu

La taupe de WikiLeaks est jugée coupable de violation de la loi sur l’espionnage, mais pas de collusion avec l’ennemi.

Traître pour les uns, justicier solitaire pour les autres, le soldatBradley Manning s’attendait à une sentence exemplaire de la part de la justice militaire américaine, pour avoir orchestré la plus vaste fuite de renseignements confidentiels de l’histoire des États-Unis. Le couperet est tombé mardi après-midi, plus clément que prévu: la juge Denise Lind l’a déclaré non-coupable de «collusion avec l’ennemi», lui évitant ainsi la réclusion criminelle à perpétuité. Elle a cependant confirmé dix-neuf des vingt et une autres charges retenues contre lui, notamment fraude informatique, vols et atteintes à la loi sur l’espionnage de 1917, qui pourraient lui valoir vingt ans derrière les barreaux.

Bradley Manning, jeune homme de 25  ans au visage anguleux surmonté de fines lunettes noires, originaire d’une petite bourgade perdue de l’Oklahoma, avait plaidé coupable pour dix de ces charges. Mais il se déclarait innocent de la plus sérieuse d’entre toutes, celle de «collusion avec l’ennemi». Engagé dans l’armée et envoyé en Irak de novembre 2009 à mai 2010, comme analyste de renseignements, il aurait en l’espace de six mois transféré illégalement 740 000 documents confidentiels au site WikiLeaks, dont 470.000 rapports de combats en Irak et en Afghanistan, ainsi que 250.000 télégrammes diplomatiques du département d’État, intégralement mis en ligne par l’entreprise de l’Australien Julian Assange, actuellement réfugié à l’ambassade d’Équateur à Londres.

Les archives de Ben Laden

Depuis sa cellule de la base militaire de Fort Meade (Maryland), Manning, présenté par son avocat David Coombs comme «jeune, naïf et bien intentionné», se défend d’avoir trahi son pays: il voulait seulement «dénoncer des crimes de guerre» et «provoquer un débat public» sur la «lutte contre la terreur» entamée par les États-Unis depuis les attentats du 11 septembre 2001.

L’accusation a cherché à prouver son «intention de faire le mal», le jeune homme étant entré en contact avec WikiLeaks quelques jours à peine après son arrivée en Irak pour organiser le transfert de fichiers qu’il avait pourtant juré de protéger. Elle a en outre établi qu’al-Qaida et son fondateur Oussama Ben Laden avaient largement exploité la mine de renseignements divulguée par Manning, rappelant que les Navy Seals dépêchés à Abbottabad le 1er mai 2011 pour tuer Ben Laden avaient découvert des liasses d’archives WikiLeaks dans son repaire.

Sur un plan légal, le cas Manning présentait un intérêt particulier, l’accusé n’ayant pas directement transmis des documents confidentiels à un ennemi avéré de l’Amérique. Si Manning avait été jugé coupable d’avoir sciemment aidé al-Qaida en agissant de la sorte, prédisait avant le verdict David Frakt, professeur de droit à l’université de Pittsburgh, «cela aboutirait à faire jurisprudence pour un type inédit de collaboration avec l’ennemi de manière très indirecte, voire non intentionnelle». La justice militaire n’a visiblement pas cherché à bouleverser la coutume du droit anglo-saxon. Sauvé par le bénéfice du doute mais pas tiré d’affaire, le soldat Manning attend encore l’énoncé de la sentence définitive à son encontre.

lefigaro.fr

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