Crise politique et terrorisme, la Tunisie sous tension

Les islamistes d’Ennahdha, au pouvoir et leurs détracteurs poursuivaient, mercredi 31 juillet, leur bras de fer autour d’un éventuel remaniement gouvernemental. Outre cette nouvelle crise politique, le pays est plongé dans un climat sécuritaire très tendu, marqué par différentes attaques terroristes contre les forces de l’ordre.

La menace terroriste plane sur la Tunisie. Mercredi matin, deux jours après l’assassinat de huit militaires près de la frontière avec l’Algérie, les autorités ont annoncé qu’une patrouille de gendarmes avait été visée dans la nuit, au sud de Tunis, par un engin explosif artisanal télécommandé. L’explosion n’a fait ni dégâts ni victimes.

Le directeur de la Garde nationale de Mhamdia (30 km au sud de la capitale), Mohamed Jouhri, a indiqué à l’antenne de la radio Shems-Fm être sûr que l’engin visait ses troupes : « Cette zone est connue pour les patrouilles 24H/24 de la Garde nationale. Ceux qui ont posé cette bombe le savaient ». Aucune piste n’a été évoquée sur cette attaque.

Lundi, huit militaires ont été sauvagement tués dans une embuscade au mont Chaambi, près de Kasserine (ouest), une zone où un groupe armé lié à Al-Qaïda est traqué depuis des mois.

Impasse politique

Sur le plan politique, la crise se poursuit. Les islamistes d’Ennahdha, qui dirigent le gouvernement, veulent maintenir leur contrôle sur le cabinet sans pour autant fermer la porte à un léger remaniement. Leurs opposants réclament eux une refonte totale de l’équipe au pouvoir, voire même la dissolution de l’Assemblée nationale constituante (ANC), élue en octobre 2011 mais dont les travaux sont paralysés.

Chaque camp organise la nuit, après la rupture du jeûne de Ramadan, des manifestations à Tunis et en province. Ces rassemblements sont régulièrement émaillés de heurts même si, jusqu’à présent, le nombre des manifestants reste modéré. L’impasse politique, associée à la menace terroriste, inquiète vivement l’ensemble de la presse qui craint que la Tunisie ne bascule dans le chaos.

Le Quotidien estime ainsi que « la Tunisie s’est progressivement empêtrée dans un infernal cycle de violence qui risque réellement de l’anéantir ». « À défaut d’un gouvernement attentif et responsable et d’une ANC à la hauteur de leur confiance, les Tunisiens sont appelés à compter sur eux-mêmes pour affronter l’hydre du terrorisme », juge le journal.

Plus nuancée, La Presse relève les responsabilités d’Ennahdha et de ses alliés laïques « face à la défaillance sécuritaire » tout en appelant les forces politiques des deux camps à faire preuve de pragmatisme. « La raison et la modération sont de mises si l’on veut sauver le pays du danger qui le guette », note ce journal.

Embuscade terroriste et mutilation de victimes

Du côté des analystes, l’attaque sanglante du Chaambi et les assassinats – prêtés à la mouvance jihadiste – des opposants Mohamed Brahmi la semaine dernière et de Chokri Belaïd, en février, témoignent d’un échec de la politique vis-à-vis des islamistes radicaux. Depuis des mois, l’opposition ne cesse de taxer Ennahdha de laxisme à l’égard des extrémistes.

« Le gouvernement n’a pas pris au départ de position claire vis-à-vis des groupes salafistes (…) et aujourd’hui il en faut une très sévère pour assainir le climat dans le pays, il faut une feuille de route claire sinon on laisse la porte ouverte à ce genre d’actes », relève Haykel Ben Mahfoudh, expert au Centre pour le contrôle démocratique des forces armées, un institut d’expertise.

Il note aussi que « les forces armées sont épuisées par la longue période transitoire », en référence à l’état d’urgence en vigueur depuis la révolution de janvier 2011. Cette situation amène notamment l’armée à assurer la sécurité urbaine jusqu’à l’abord des centres commerciaux. D’après Haykel Ben Mahfoudh, les méthodes employées à Chaambi, embuscade avec mutilation des victimes, « porte l’empreinte des jihadistes armés de l’Algérie des années 1990 ».

Sur le plan institutionnel, malgré les promesses d’élections en décembre 2013 formulées lundi par le Premier ministre Ali Larayedh, aucune avancée n’est en vue. Une soixantaine de députés sur 217 boycottent l’ANC pour en obtenir sa dissolution. Parmi les autres, aucun compromis n’est en vue sur le projet de Constitution en cours de rédaction depuis octobre 2011.

(Avec AFP)

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