Dominique Strauss-Kahn : «La politique, pour moi, c’est du passé»

L’ancien directeur du FMI s’est confié lors d’une interview à des médias russes.

D’un hôtel à l’autre. Après les scandales du Sofitel de New York et du Carlton de Lille, Dominique Strauss-Kahnresurgit dans le lobby impersonnel d’un grand hôtel de Saint-Pétersbourg, cadre choisi pour cette première grande interview accordée à l’agence Itar-Tass et à la chaîne d’information en continu Rossiya 24. Un décor banal pour un homme présenté comme un «influent économiste français».

Le ton est docte, les aspérités lissées. Pas un mot du renvoi en correctionnelle pour proxénétisme aggravé. Sur 40 minutes conservées au montage, seule se faufile une question sur l’affaire du Sofitel. «N’avez-vous pas le sentiment que beaucoup de gens ne voulaient pas de vous à la présidence de la France?» demande la journaliste Anastasia Popova. «Oui, ils étaient nombreux. Mais il me semble qu’ils étaient plus nombreux encore à voir en moi un président. Enfin, ça, nous ne le saurons jamais. À l’époque, j’ai commis certaines erreurs, que j’ai reconnues. Le développement de l’affaire m’a écarté de la vie politique. Mais tout cela est derrière moi. Aujourd’hui j’interviens en tant que conseiller pour des gouvernements et des grandes entreprises aux quatre coins du monde. La politique, pour moi, c’est du passé», tranche Dominique Strauss-Kahn, sans sourciller.

Tout sauf un hasard

Cette interview aux médias russes est tout sauf un hasard. Neuf mois après avoir déposé les statuts de son cabinet de conseil, Parnasse, sis boulevard Raspail, l’ancien directeur du FMI vient de faire, coup sur coup, son entrée au conseil de surveillance de deux établissements financiers contrôlés par l’État russe: la Banque de développement des régions et le Fonds des investissements directs. La première appartient au groupe pétrolier d’État Rosneft, contrôlé par l’omnipotent Igor Setchine ; le second, filiale de la Vnesheconombank, la Banque du commerce extérieur, est piloté par un aréopage de ministres et autres sommités. On y retrouve le chef de l’administration présidentielle, la présidente de la Banque centrale russe, le ministre des Finances, l’économiste Josh Lerner, professeur à la Harvard Business School, ou encore le Français Laurent Vigier, du groupe Caisse des dépôts.

Ces nominations ont été accueillies avec un scepticisme patent par la presse russe, qui raille l’arrivée d’un nouveau «ponte» français, à la réputation «encore plus scandaleuse que celle de Gérard Depardieu».

Moins modeste sur l’économie

Réputation? DSK répond «expérience» et «vision». «Seule la coopération entre les 4 ou 5 pôles économiques mondiaux peut permettre la relance économique. Telle est mon expérience dans la lutte contre la crise en 2008, 2009 et 2010», explique-t-il. Intégrer le conseil de surveillance de deux banques russes désireuses «d’élargir leur vision des marchés mondiaux», c’est donc pour lui «apporter sa modeste contribution à l’édifice commun».

Modeste, il l’est beaucoup moins lorsqu’il s’agit de fustiger les dirigeants mondiaux, par trop velléitaires. «On dit qu’il nous manque les instruments techniques pour éradiquer la crise, mais c’est faux, ce qui manque avant tout, c’est la volonté politique.» Sévère, il dénonce «l’inefficacité catastrophique» des Européens, qui a conduit à «étouffer» l’économie chypriote. «Les États refusent de reconnaître leurs défaites, même lorsqu’elles sont flagrantes», tempête-t-il, avant d’appeler à une refonte totale de la construction européenne, faute de quoi, «dans vingt ans, l’Europe n’existera plus».

Même dureté à l’égard du G20, qui multiplie les déclarations d’intention dans la lutte contre les paradis fiscaux. Si le chantier piétine, c’est, dit-il, que «les États eux-mêmes ont intérêt à les maintenir».

Privé de politique, rétrogradé simple soldat dans la «guerre de la mondialisation», Dominique Strauss-Kahn affiche au moins une chose: la volonté de se battre.

L e Figaro

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