En Espagne, Rajoy responsable, mais «pas coupable»

Éclaboussé par le scandale Barcenas, le chef du gouvernement espagnol avoue s’être « trompé » mais exclut de démissionner.

«Je me suis trompé», a reconnu Mariano Rajoy, avant d’affirmer: «Je ne démissionnerai pas et je ne convoquerai pas non plus d’élections, parce que je ne suis pas coupable.» Par ce «responsable mais pas coupable» à l’espagnole, le président du gouvernement entend se maintenir au pouvoir en dépit des rebondissements de l’af­faire Barcenas. Ce scandale, un dossier de possibles corruption et financement occulte, accable sa formation, le Parti populaire (PP, droite) et éclabousse sa personne depuis six mois.

La stratégie de défense de Rajoy a légèrement changé lors de cette comparution. Jusqu’alors, il se refusait à citer le nom de son ex-trésorier, Luis Bárcenas. Ce dernier est à la fois le principal accusé de l’affaire – la justice a découvert des comptes à son nom en Suisse, de quelque 48 millions d’euros – et le principal témoin à charge.

Après avoir nié pendant des mois l’existence d’une comptabilité occulte, dont des extraits avaient été publiés par la presse, le comptable est passé aux aveux au lendemain de son entrée en prison préventive. Barcenas affirme avoir distribué, des années durant, des enveloppes remplies d’argent liquide aux principaux dirigeants du PP. Rajoy, selon ses dires, aurait reçu quelque 25.000 euros annuels en «complément de salaire».

Ce jeudi au contraire, Rajoy a prononcé seize fois le nom de Bárcenas pour mieux s’en distancer. «J’ai accordé ma confiance à M. Barcenas, a-t-il déclaré. Je l’ai fait jusqu’au moment où l’on a su qu’il avait des comptes millionnaires en Suisse. Je me suis trompé en faisant confiance à la mauvaise per­sonne, en croyant un faux innocent.» Au sujet de SMS par lesquels il témoignait de son soutien à son ex-trésorier, Rajoy a déclaré: «J’avais confiance en M. Barcenas, j’ai répondu à ses messages et j’ai parlé avec lui.» La correspon­dance par textos, pourtant, s’est poursuivie après la révélation de l’existence de ses comptes en Suisse.

«Allez-vous-en!»

Pour le reste, le chef du gouvernement est resté droit dans ses bottes. Le secrétaire général du Parti socialiste (PSOE), Alfredo Pérez Rubalcaba, a exigé à nouveau sa démission. «¡Váyase!» («Allez-vous-en!»), lui a assené le chef du principal parti d’opposition. Rajoy, toutefois, est protégé par la majorité absolue du PP au Parlement. En ­­­Es­pagne, les motions de censure doivent être constructives, c’est-à-dire qu’elles doivent inclure le nom d’un candidat à la substitution du chef de gouvernement mis en cause. Même si Rubalcaba parvenait à fédérer l’opposition sur sa personne, les conservateurs bloqueraient facilement la motion.

Le véritable enjeu pour Rajoy consiste à tenir le parti. Ce jeudi, les députés conservateurs ont largement applaudi leur chef de file à chacune de ses prises de parole. Si le PP continue à le soutenir, Rajoy pourra encore s’accrocher au pouvoir et répéter que sa parole vaut mieux que celle de son ex-trésorier, qu’il qualifie de «présumé délinquant». À condition, toutefois, que l’impré­­vi­sible Bárcenas ne garde pas une der­nière carte dans sa manche.

Le Figaro

Cette entrée a été publiée dans A-La-Une, Actualités, International, Multimedia. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Réagir