Le G20 s’ouvre en Russie sur fond de guerre froide

Le sommet du G20 qui se déroule jeudi et vendredi à Saint-Pétersbourg va être dominé par les divergences entre les États-Unis et la Russie sur les frappes en Syrie, alors que les relations entre les deux pays sont au plus bas.

C’est sagement, à la manière d’un élève appliqué que la présidence russe a préparé les travaux du G20: croissance, lutte contre les paradis fiscaux et régulation financière… Sous les boiseries du palais Constantin, ancienne résidence d’été de Pierre le Grand, Vladimir Poutine reçoit jeudi et vendredi les dirigeants des vingt plus grandes économies mondiales. Mais le sort de la finance mondiale intéresse peu l’opinion publique russe. Et à quelques jours d’une attaque américaine programmée en Syrie, personne n’attend du chef du Kremlin qu’il se satisfasse de l’agenda officiel, mais plutôt qu’il réitère la ligne intangible de la diplomatie russe dans le conflit moyen-oriental.

Dans sa ville natale de Saint-Pétersbourg où il gagna ses galons d’homme d’État, Vladimir Poutine ne manquera pas de mettre le dossier syrien sur la table. Face aux atermoiements des États-Unis, et aux craintes des opinions publiques occidentales, il arrive en position de force.

«Poutine va se présenter en chef d’État sage et expérimenté qui défend le droit international, les principes de non-ingérence, appelant à une résolution politique du conflit et condamnant toute opération militaire prise en dehors du cadre du Conseil de sécurité», prévoit le directeur de la branche russe du Centre Carnegie, Dmitri Trenin. Parallèlement, pour faire bonne mesure, l’armée russe montre ses muscles en envoyant ses bateaux, notamment un croiseur lance-missiles, en Méditerranée orientale. «Un signal destiné à tenter de dissuader les Américains de jouer avec le feu», se félicite Mikhaïl Nenachev, le président du Mouvement de soutien à la flotte russe.

L’isolement de Washington

Dans une interview publiée mercredi par l’agence Associated Press, le chef du Kremlin a indiqué qu’il ne serait pas hostile à une frappe, dans l’hypothèse où l’ONU présenterait des «preuves convaincantes» de l’implication du régime syrien dans l’attaque au gaz du 21 août. Mais, affirmant se fonder sur l’avis notamment «d’experts américains», il a ajouté que les vidéos de cette attaque chimique pourraient très bien être le fruit d’une «action provocatrice» orchestrée par l’opposition.

Lors du G20, Moscou devrait s’efforcer de rallier à sa position, d’une manière plus officielle, les nombreux membres hostiles à une intervention militaire américaine, en premier lieu les pays des Brics (Brésil, Inde, Chine…) avec lesquels la Russie partage des difficultés économiques similaires.

Face à ce front informel majoritaire, que Vladimir Poutine déroule sur du velours, et indirectement renforcé par le récent refus du Parlement britannique, Washington apparaît isolé. La France, elle, est simplement vue à sa remorque.

Ce rapport de forces déséquilibré devrait se prolonger en statu quo. «La Russie n’a pas les moyens de dissuader Obama qui n’attend que le feu vert du Congrès. Face à cette situation, il est vain d’attendre un vrai conflit diplomatique et il n’y a pas davantage matière à débat. C’est pourquoi Poutine n’en rajoute pas dans ses déclarations, et cherche simplement à montrer que les États-Unis ne bénéficient pas d’un soutien international et se retrouvent, de fait, dans une espèce de vide», explique Fiodor Loukianov, président du Conseil de la politique extérieure.

Du coup, cet avantage tactique permet au chef du Kremlin de faire oublier l’annulation, début août, par Obama, de sa visite officielle prévue à Moscou début septembre. Faute de rencontrer son homologue russe, le président américain s’entretiendra à Saint-Pétersbourg… avec les représentants russes des droits de l’homme. Un geste fort, peu diplomatique, que le Kremlin a choisi de traiter par l’indifférence. Poutine a d’ailleurs rappelé, mercredi, qu’il défendait aussi les droits de l’homme en accueillant sur le territoire russe, l’ex-consultant du renseignement américain Edward Snowden.

lefigaro.fr

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