Il existe un « avantage du Précurseur » sur les marchés francophones Africains

La semaine dernière, pendant le Sommet sur les Investissements financiers en Afrique à Johannesburg, Ivan Cornet, co- fondateur et associé gérant de Latitude Five , un cabinet de conseil basé à Londres et à Abidjan ( Côte d’ Ivoire ), a voulu savoir la raison pour laquelle les pays africains francophones sont négligés au profit des pays anglophones du Continent.

«Je pense qu’il est temps d’avoir un regard différent sur ces marchés», a-t-il dit à un auditoire de professionnels spécialistes de l’immobilier.

Cornet, qui est en charge de transactions immobilières et de conseil en infrastructures à Latitude Five, a rappelé qu’il n’y a pas si longtemps que ça l’Afrique, dans son ensemble, a été désignée comme le «continent sans espoir», et pourtant il y a un changement complet de mentalité au cours des dernières années. «Il semble que pour les investisseurs, les pays francophones semblent être devenus aujourd’hui les pays sans espoir.»

Alors qu’il ne nie pas qu’il existe de vastes défis à relever dans ces marchés, il a ajouté que l’Afrique francophone est en train de vivre bon nombre de tendances intéressantes que le reste de l’Afrique connaît, comme l’urbanisation, une classe moyenne en pleine expansion et la croissance du PIB . Abidjan, par exemple, a une population d’environ 6 millions d’habitants. Cependant, ces populations croissantes avec l’augmentation du pouvoir d’achat des consommateurs ne sont pas assez ciblées à l’instar de leurs voisins anglophones.

«Il y a un avantage du premier arrivé, dit-il. » Il n’y a  pas de développeur professionnel et sophistiqué dans la plupart de ces pays. C’est peut-être un peu différent au Sénégal, mais dans la plupart des pays, ce n’est pas le cas. »

Il a ajouté que les 31 pays francophones d’Afrique n’ont pas grande chose en commun, en dehors d’une langue commune et de l’héritage colonial, et par conséquent cet ensemble de pays ne saurait être considéré tout bonnement comme un marché commun – une critique similaire du moment où beaucoup ont eu des investisseurs internationaux qui se penchent sur l’Afrique comme une seule entité.

Il y a des défis, fait remarquer Monsieur Cornet, tels que le manque d’infrastructures et les interventions du Gouvernement. «Mais quand vous pensez y réellement, ces choses (ces défis) existent partout en Afrique. Vous pouvez faire la même remarque et voir la même chose (problème) au Nigeria et dans d’autres pays africains «.

En outre, il fait remarquer que l’idée selon laquelle les pays francophones sont les plus corrompus en Afrique est fausse.

«Il y avait un rapport de Transparency International qui dit que les pays les plus corrompus de la planète se trouvent en Afrique. Mais les premiers pays les plus corrompus ne sont pas les pays de langue française. Les premiers pays corrompus sont essentiellement la Sierra Leone et le Liberia (suivi par le Kenya). Ainsi, les pays francophones n’étaient pas dans les deux premiers pays».

Par contre, l’instabilité politique reste un problème majeur dans beaucoup de ces pays, comme en République démocratique du Congo (RDC) et au Mali. D’autres, comme la Côte d’Ivoire, sont en train de sortir de plusieurs années de troubles politiques. Néanmoins, Cornet dit que la situation politique s’est améliorée dans la plupart des pays francophones au cours de la dernière décennie.

Un énorme potentiel d’investissement

«Il y a, bien sûr, d’énormes problèmes d’infrastructure», a-t-il poursuivi. «Les pénuries d’électricité (délestages), des problèmes avec l’eau, les installations portuaires sont dans une mauvaise situation, à quelques exceptions près. Mais quand vous y pensez, le fait qu’il y a des problèmes en termes d’infrastructures pourrait être saisi comme une opportunité et cela pourrait signifier que l’investisseur peut venir combler l’écart, et effectivement faire des investissements dans les infrastructures “.

Cornet a ajouté que la Côte d’Ivoire est un bon exemple d’un pays francophone avec un potentiel d’investissement, et a publié un document avec une liste de projets d’investissement potentiels. «C’est une liste (complète) avec environ une page pour l’immobilier, une page de l’hospitalité, où vous aurez le soutien du gouvernement pour mettre en œuvre ces projets», a-t-il expliqué. «La plupart des projets n’ont pas été financés jusqu’à présent.»

Malgré l’expansion médiatisée du français Carrefour dans de nombreux pays francophones, Cornet a déclaré que ces marchés ne sont plus simplement les terrains de jeu des seuls  investisseurs français. « Par exemple, en Côte d’Ivoire, il y a une partie du discours du président nouvellement élu qui dit : « Nous ne nous soucions pas si vous venez de la Chine ou de la Corée du Sud, du Moyen-Orient ou de la France. Tant que vous avez des connaissances et du capital, nous vous souhaitons la bienvenue.» Et c’est le cas. Le projet de train urbain d’Abidjan est en train d’être réalisé par les Sud-Coréens, et non par les Français.»

Les partenaires locaux

Le conseil de Cornet pour les investisseurs internationaux qui cherchent à entrer sur les marchés des pays francophones est de trouver un partenaire local. «Comme dans tout autre pays, surtout en Afrique, il n’est pas question d’y aller sans avoir au préalable déniché un partenaire local. Il est très important en vue d’exécuter l’opération que vous voulez faire dans le pays. Quelqu’un qui est là, qui a un très bon réseau, et qui est capable de vraiment guider les investisseurs dans ces marchés.»

Fait intéressant, à la même conférence, Craig Lyons, directeur de Novare Equity Partners, un gestionnaire de fonds de capital investissement spécialisée dans l’investissement en Afrique sub-saharienne, a déclaré que la RDC, la République centrafricaine et le Niger étaient les marchés africains qui, selon lui peuvent très rapidement procurer des retours attrayants sur investissements dans les développements de centres commerciaux. Cependant, il les considère comme inaccessibles en raison d’obstacles politiques ou économiques.

«Et, autre fait intéressant, les détaillants sont prêts à venir avec nous», a-t-il ajouté. «Mais il est tout simplement impossible d’avoir les produits sur place, impossible d’obtenir les différentes certifications nécessaires.»

En outre, Lyons a dit qu’ils avaient eu des réunions avec quelques uns des meilleurs partenaires locaux que Novare a rencontrés dans ces marchés.

Kate Douglas, in How we made it in Africa

Traduit en Français par Victor GBENOU pour www.7aubenin.com & www.rotcivomega.com

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