LIONEL, LE BENIN, ET LA BENINOISERIE…

Coup de théâtre, séisme, surprise, gâchis, impérialisme… tous les mots viennent à profusion pour qualifier l’entrée inattendue de Lionel Zinsou au Gouvernement de Yayi Boni en tant que Premier Ministre, ce 18 juin. Jamais, une personnalité béninoise n’a attiré autant d’attention dans les médias depuis la désignation de Nicéphore Soglo comme Premier ministre du Gouvernement du Bénin en 1990. De ce qui apparaît sur les réseaux sociaux et les médias Béninois, il semble que certains veulent jeter le bébé avec l’eau de bain. Erreur !

Lionel, un gâchis ?

En allant chercher, dans la civilisation de l’universel, un Béninois de classe exceptionnelle, Yayi Boni a cru bien faire. Mais les réactions, comme à l’accoutumée, sont sans appel depuis le 18 juin. On l’accuse de gâcher un Lionel qu’on dit trop brillant pour accepter de travailler pour un régime finissant. Le profil du nouveau premier ministre est pourtant difficilement attaquable. C’est le Béninois le mieux connu des milieux financiers aujourd’hui. Médiatisé à outrance, éloquent, iconoclaste, brillant, adoubé par les milieux des affaires, fin partisan des chaînes de valeurs mondiales, Lionel est un produit complet que certains Béninois veulent qu’on garde loin du Bénin, juste pour doper notre ego national et nos élans narcissiques. Quand il est appelé pour aider à construire le pays, on crie au gâchis.
Pourtant, c’est maintenant que le Bénin a besoin de Lionel dans un contexte de décrépitude économique, de fracture sociale et de désespoir. Nous avons besoin du cerveau de Lionel, comme nous avons besoin des 100 milliards de francs CFA que les 4 millions de Béninois de la diaspora apportent chaque année à notre PIB. Nous avons besoin des idées et du savoir faire des Béninois de la diaspora.

Lionel, pas suffisamment béninois?

Depuis son entrée au gouvernement, Lionel Zinsou est affublé de tous les sobriquets et injures caractéristiques des débordements et exagérations ‘à la béninoise’ sur les réseaux sociaux. Pourtant, ce monsieur est un digne fils du Bénin dont le père est le frère d’Emile Derlin Zinsou, Président du Bénin de 1968 à 1969. Le garçon Lionel a grandi brièvement auprès de son oncle, Emile, avant de s’installer définitivement en France. Le jeune n’a pas grandi en France par défaut d’envie de le faire au Bénin. Ses parents, les Zinsou, ont une histoire tumultueuse avec le Bénin. Emile, l’oncle de Lionel, a été condamné à mort et ses proches forcés à l’exile de 1974 jusqu’à la conférence nationale en février 1990. C’est bien l’histoire tourmentée de notre pays qui a, certainement en partie, imposé au jeune Lionel de grandir en France, à l’instar d’autres vaillants fils et filles du Bénin. Depuis le début de l’ère démocratique, Lionel a renoué avec la terre de ses aïeux mais est resté actif dans les milieux professionnels où il a évolué, notamment en France. Ses enfants, dont sa fille Marie-Cécile Zinsou, se sont installés au Bénin depuis 2002.

Certains Béninois sont fiers de Lionel uniquement quand ils le voient à la télé. Ils sont fiers de lui uniquement quand la fondation présidée par sa fille, la Fondation Zinsou, vient au secours de la culture Béninoise, facilite l’accès de nos enfants à la lecture, et invente le seul musée d’art contemporain d’Afrique subsaharienne (excepté l’Afrique du Sud) qui draine des centaines de touristes au Bénin. Quand les Zinsou font la promotion du Bénin à l’extérieur, ils sont applaudis. Quand ils entrent au gouvernement de Yayi Boni, ils cessent d’être Béninois. Voila ce que certains veulent nous faire croire.

Lionel, produit de la FRANÇAFRIQUE ?

Arrêtons l’hypocrisie. Tous les hommes politiques qui critiquent Lionel font tous les couloirs à Paris. Voyagez en business class sur Air France, entre Cotonou et Paris, et vous les verrez presque tous en route à la recherche des bons contacts à la métropole. Ils recherchent tous les cachets de Paris sur leurs passeports. La plupart des hautes personnalités actuelles du Bénin, surtout de l’opposition, ont la nationalité française, y compris ceux qui ont été élus à des postes de responsabilités élevés durant les dernières élections législatives et qui sont célébrés sur les réseaux sociaux comme s’ils sont plus Béninois que Lionel. La différence entre eux et Lionel, c’est que ce dernier connait mieux le système. Les “afro-pleurnichards”, pour reprendre les termes de mon ami Hammou Haidara, n’ont qu’à aller chercher d’autres arguments que les affaires de françafrique. S’enfermer dans un nationalisme béat en rupture d’avec le nécessaire brassage mutuellement gagnant, c’est être en déphasage avec notre temps. Les gueulards de l’anti-colonialisme dogmatique ne sont qu’en fait des prévaricateurs de leur propre peuple faisant sans vergogne usage «d’armes de pillage et de corruption massive» quand on leur confie le pouvoir ; l’histoire récente de notre peuple nous édifie amplement. Si les Américains raisonnaient ainsi, ils n’auraient jamais laissé un Obama Président de leur pays, ou Steve Jobs, fils d’un immigré Syrien, bâtir Apple, l’entreprise la plus florissante au monde aujourd’hui. Au Benin, on nous appris, de 1972 à 1990, à « combattre le colonialisme, le néocolonialisme, la bourgeoisie et la féodalité ». Pendant ce temps, des centaines de dignes fils du pays étaient soit forcés à l’exil, soit torturés à Segbana.

Pas une première

L’entrée de Lionel au gouvernement de Yayi n’est pas une première. Il y a eu des cas similaires pas loin de chez nous et ailleurs. Souvenez-vous qu’en septembre 2008, lorsque l’économie togolaise était en train de sombrer, Faure Gnassingbé est allé chercher un certain Gilbert Houngbo, alors Directeur Afrique du PNUD, Togolais exilé au Canada, pour venir embellir l’image du pays et remettre de l’ordre dans la maison. Le résultat a été sans conteste. Le Togo s’est réveillé et est resté en éveil depuis lors avec des réformes économiques prometteuses et des infrastructures qui changent le visage du pays. Plus loin de chez nous, en Décembre 2014, le régime Ukrainien a nommé trois étrangers dont une américaine, un Lithuanien et un Georgien aux postes stratégiques des finances, de l’économie et de la santé pour sauver un pays en mal de réforme. Nos compatriotes comme Zul Kifl Salami, Pascal Irénée Koupaki, Bio Tchané, Adrien Houngbédji, Accrombessi et bien d’autres ont été au coeur de régimes politiques dans des pays voisins. Le choix de Yayi n’est donc pas un acte inédit. Il crée plutôt l’opportunité d’utiliser tout ce que le Bénin a de bien pour se construire. Lionel a accepté parce qu’il est resté attaché à sa lignée, la famille Zinsou, et donc au Bénin. Lionel a accepté parce qu’il veut prendre le risque de se salir pour le Bénin, contrairement à la plupart des intellectuels Béninois qui ont peur de se salir et laissent l’espace politique dans l’état où il se trouve.

Au delà de Lionel

Le Président Yayi Boni n’a plus que 9 mois. Tous nos leaders politiques doivent comprendre que la diaspora est une source intarissable de valeurs, de compétences, de richesses qui sont complémentaires aux ressources de qualité restées au pays. La stigmatisation stérile des Béninois de la diaspora est inutile et contreproductive. Le Bénin doit ouvrir ses portes à ses enfants, qu’ils soient noirs ou métisses. L’Algérie, depuis plusieurs années, propose des paquets d’incitation pour attirer les franco-algériens à rentrer pour servir leur pays. Et cela profite au pays.

Alors, célébrons Djimon Houssou qui travaille en ce moment sur un long métrage sur le roi Gbêhanzin. Célébrons Angélique Kidjo qui porte le flambeau de la musique Béninoise et qui est se bat, avec l’UNICEF, pour l’éducation des filles en Afrique. Célébrons Léonard Wantchekon, Professeur à l’université de Princeton aux USA, qui est allé créer le African School of Economics, au Bénin. Célébrons Laurent Jimaja, le Béninois élu en mai 2015, maire du Grand-Saconnex dans le canton de Genève. Célébrons Lionel Zinsou qui prend le risque d’aider à sauver le navire Bénin en pleine tempête.

Bon vent, Lionel!

Damien Mama, Citoyen Béninois

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Commentaires

  • justin kiki - Votre commantaire est en attente de modération. 14 août 2015 #1

    L’article que je viens de lire est d’une richesse en arguments et d’une fluidité à titre accracheur. Un texte que j’ai aimé scruter. Mais je voudrais savoir pourquoi Yayi a attendu si longtemps avant de lui faire appel? Lionel Zinsou, lui même, ne pouvait-il pas préalablement s’affiche à la nation béninoise, sa terre natale et celle de ses aïlleux avant sa nomination au poste de premier ministre? Je l’admire bien tandis que d’aucuns prodiguent qu’il serait le dauphin de Yayi. Et qu’il serait celui qui peut aider Yayi à s’enchévêtrer des maux qu’il a fait subir aux pauvres béninois… LIONEL, montre nous qui tu es, non par tes intentions et tes promesses mais, par tes actions au chevet du Bénin… Bon vent…!

  • Ahounou Mansourou - Votre commantaire est en attente de modération. 9 juillet 2015 #2

    Enfin, nous allons en finir une fois pour de bon avec les débats de rue de nos  » professionnels de la politiques » de Cotonou. Dans le fond et dans la forme, plus rien ne sera comme avant. Merci Excellence Monsieur le premier des ministres. Merci d’avoir oser relever ce défi qui mettra sûrement le Bénin sur une rampe de lancement à propulsion nucléaire si la comparaison était permise. Si nous croyons alors nous pouvons et rien ne nous arrêtera. Avec toi le Bénin prend de nouvelle dimension.Go For Gold Lionel Zinsou

  • Alfred - Votre commantaire est en attente de modération. 6 juillet 2015 #3

    Enfin, une réflexion sensée et pondérée sur la nomination de cet homme qui a plutôt beaucoup plus à y perdre qu’à y gagner, mais qui a eu le mérite d’accepter le risque. Heureusement que ça contrebalance tout ce qu’on a entendu ici de haineux et zenophobe et même raciste envers nous beninois de l’étranger. Comme si à part envoyer de l’argent chèrement gagné au Bénin, tout ce qui s’y passe par ailleurs ne nous concerne plus en rien. Bravo pour cet article qui fait plaisir à lire.

  • Ogou Yves Nicolas - Votre commantaire est en attente de modération. 2 juillet 2015 #4

    Tous nos leaders politiques doivent comprendre que la diaspora est une source intarissable de valeurs, de compétences, de richesses qui sont complémentaires aux ressources de qualité restées au pays. La stigmatisation stérile des Béninois de la diaspora est inutile et contreproductive. Le Bénin doit ouvrir ses portes à ses enfants, qu’ils soient noirs ou métisses. .Comment y parvenir?

  • Thierry Dahoun - Votre commantaire est en attente de modération. 25 juin 2015 #5

    Mon très cher frère Damien je t’encourage beaucoup, il y a rien à dire sur ta belle plume

  • Yayi Patrick - Votre commantaire est en attente de modération. 24 juin 2015 #6

    je vous remercie pour ces belles présentation et argumentation.
    Pour ma part, je constate que depuis des décennies, le béninois s’est spécialisé dans la perte de temps en trouvant en son voisin les causes de son malheur ne sachant pas que ce qui sort de sa bouche est ce qui le détruit.

  • Ghislain gangbazo - Votre commantaire est en attente de modération. 23 juin 2015 #7

    On a foi en toi Lionel. Merci au PR Yayi de t’avoir fait venir pour mettre ta part de pierres à la construction de l’édifice national.
    N’écoute guère les élucubrations des jaloux.
    Les critiques et autres démagogies à l’encontre des politiques, tu y es habitué de longues dates, les guignols sur canal+ ….tu en sais quelque chose.
    Foncé et donne toi pour le bien de ton pays le Bénin.
    On est fier de toi autant ici au Bénin qu’ailleurs en France.

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