Edito : le cas Nourou-Dine Saka Saley
Nourou-Dine Saka Saley Photo: LNT

22 mars 1983. Depuis près de deux ans la France est présidée par François Mitterrand, le premier homme politique de gauche à occuper une telle fonction depuis l’entrée en vigueur de la cinquième république le 4 octobre 1958. Ce jour-là, Jean-Pierre Chevènement qui avait été nommé le 22 mai 1981 comme ministre d’Etat, ministre  de la Recherche et de la technologie démissionne et lègue à l’histoire sa célèbre phrase : « Un ministre, ça ferme sa gueule ; si ça veut l’ouvrir, ça démissionne ».  Le ministre avait démissionné pour s’insurger contre ce qu’il désignait comme la « parenthèse libérale ».

Une trentaine d’années plus tard, revenons à des préoccupations actuelles et notamment celles qui concernent au Bénin la personne de Nourou-Dine Saka Saley, le désormais ex conseiller juridique d’Abdoulaye Bio Tchané.  Si cette déclaration de Chevènement concerne principalement les ministres, elle a forcément la même valeur pour leurs collaborateurs. Depuis quelques heures, Nourou-Dine Saka Saley n’a pas démissionné, mais comme le dirait quelqu’un, « à trop vouloir l’ouvrir », il a perdu son poste.

Le conseil des Ministres de ce 1er septembre l’a viré sans autre forme de procès, parce qu’il n’a pas eu suffisamment sa langue dans sa poche le 28 août dernier sur sa page Facebook. Il y avait commenté l’une des décisions du conseil des Ministres du 24 août, qui était relative à la création à la présidence de la République d’une cellule d’analyse et d’enregistrement des projets d’arrêtés ministériels et préfectoraux. Avec ses arguments, il a fermement mis à nu les incohérences de cette décision dont « le corollaire serait dans l’absolu et pour les arrêtés ministériels et préfectoraux, un alourdissement des procédures et délais ».

Mais au-delà de l’analyse technique faite de cette décision du conseil des Ministres par l’ex conseiller juridique d’Abdoulaye Bio Tchané, il découle de son limogeage un acte politique. Patrice Talon a tranché dans le vif pour ne pas faire des vagues, et, surtout pour dissuader les collaborateurs d’autres ministres qui se hasarderaient à prendre des libertés dans la prise de parole alors qu’ils sont tenus de faire preuve d’une certaine réserve au regard des fonctions qu’ils occupent. Nourou-Dine Saka Saley a-t-il pris l’avis de Bio Tchané  avant de commenter cette décision du conseil des Ministres ?

Toujours est-il qu’il n’a rendu pas vraiment rendu service à ce dernier que le Chef de l’Etat considère comme étant le numéro 2 du Gouvernement. Bio Tchané passerait pour peu comme un homme incapable de discipliner ses collaborateurs les plus proches. Or jusqu’à cette clarification de Patrice Talon le 1er août dernier, beaucoup ont toujours vu en Pascal Irenée Koupaki qui est aussi ministre d’Etat comme Tchané le numéro 2 de l’Exécutif. D’ailleurs tout en confortant l’ancien président de la Banque ouest-africaine de développement (Boad), le président de la République toujours le 1er août avait précisé que Koupaki était son collaborateur le plus proche à cause de ses prérogatives ministérielles.

Près de 5 mois après son arrivée au pouvoir, Patrice Talon a pris par le truchement du conseil des Ministres la décision d’installer à la présidence de la République plusieurs structures dont la dernière se trouve être cette fameuse cellule d’analyse et d’enregistrement des projets d’arrêtés ministériels et préfectoraux. Comme elles s’empilent, elles créent de facto un certain engorgement structurel au sein de la présidence de la République mais surtout ont comme première conséquence de renforcer davantage les pouvoirs de Koupaki qui avec son poste aura son mot à dire dans toutes les décisions prises par les structures installées à la présidence de la République. Officiellement numéro 3 du Gouvernement, il redevient de fait le Premier ministre qu’il a été d’avril 2011 à août 2013.

Ce limogeage de Nourou-Dine Saka Saley  qui est particulièrement commenté sur Facebook notamment  par les internautes béninois, rappelle également une décision similaire qui avait été prise par Boni Yayi en 2006 lorsqu’il avait limogé Pierre Métinhoué et la ministre Colette Houeto. Ce dernier qui était à l’époque le directeur de cabinet de Colette Houeto,  avait critiqué le forcing qui était fait selon lui pour imposer à la ministre la manière avec laquelle elle devait former son cabinet.

Homme attentif aux détails les plus petits, Patrice Talon vient de sonner la fin de cette mini-récréation politique provoquée par Nourou-Dine Saka Saley. Le boss c’est lui. Tchané reste le numéro 2 du Gouvernement. Koupaki en est le numéro 3 et pilotera toutes les structures au sein de la présidence de la République. Cette volonté présidentielle est à prendre ou à laisser. Mais lorsqu’on met bout à bout les rumeurs liées à des querelles de leadership au sein de l’Exécutif, la publication de Nourou-Dine Saka Saley dont les échos sont parvenus jusqu’aux oreilles du Chef de l’Etat  et qui ont conduit au finish au limogeage du conseiller juridique de Bio Tchané, tous ces faits renforcent qui au sein de l’équipe de la Rupture ?

Suivez mon regard…

Bernado Mariano Houenoussi

Cette entrée a été publiée dans A-La-Une, Actualités, Editorial, Politique, avec comme mot(s)-clef(s) , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Réagir