Olivier Boko: le talon d’Achille de Talon ?
De (g) à (d): Patrice Talon et Olivier Boko

Le 10 août 2015, le retour au Bénin d’Olivier Boko le bras droit de Patrice Talon qu’il a suivi dans son exil parisien avait créé une cohue indescriptible à l’entrée du hall « Arrivée » de l’aéroport de Cotonou où une immense foule d’amis et de curieux l’attendait. Lorsqu’il est finalement apparu après un interrogatoire de plus de trois heures dans les locaux du commissariat spécial de l’aéroport de Cotonou,  il déclarait « Je remercie tout le peuple béninois pour son soutien. Je suis heureux de me retrouver sur la terre de mes aïeux. Que Dieu bénisse le Bénin. » Plus d’un an après, Patrice Talon a été élu président de la République et Olivier Boko le suit toujours comme son ombre pour le meilleur et pour le pire.

Chef de l’Etat depuis près de huit mois, Patrice Talon prend depuis lors le soin d’imprimer sa marque au pays et surtout de mettre ses hommes aux postes clés de l’administration publique. Une démarche normale après la conquête du pouvoir. S’il a ainsi déjà casé beaucoup de personnes, et qu’il en casera encore beaucoup d’autres le président de la République a déjà fait comprendre implicitement à qui voulait l’entendre le rôle qu’il avait confié à Olivier Boko et ce sans avoir jusqu’à maintenant la volonté de l’officialiser.

Incontournable sans une fonction officielle

Là où vous verrez Patrice Talon, vous verrez sans surprise Olivier Boko. Officiellement, il n’a été nommé à aucun poste. Mais il suit le Chef de l’Etat partout. Un fait inédit si on se réfère particulièrement aux régimes qui se sont succédé à la tête du pays depuis l’avènement du renouveau démocratique. Dans la journée de ce lundi 21 novembre, la photo d’Olivier Boko assis devant une pancarte sur laquelle il était mentionné qu’il était de la délégation qui accompagne le président de la République dans le cadre de sa « visite d’amitié et de travail » aux Emirats Arabes Unis en Arabie Saoudite a été abondamment commentée sur Facebook et dans les groupes WhatsApp qui sont très en vogue au Bénin. Jamais un personnage n’aura été aussi omniprésent et influent dans le premier cercle d’un président de la République. Certains le qualifient de « Vice-président » alors que selon La Lettre du Continent N°727 du 06 avril 2016, « les deux hommes se comprennent sans se parler ». En se référant aux prédécesseurs de Patrice Talon, et, notamment à Nicéphore Soglo ce dernier avait été accusé durant sa présidence d’avoir fait une gestion clanique du pouvoir. En cause le rôle prépondérant de son épouse Rosine Soglo et de Désiré Vieyra, le frère ainé de celle-ci. Le 05 mars 2003 pour Radio France Internationale (Rfi), Jean-Luc Aplogan décrivait le « pouvoir familial » de Nicéphore Soglo en faisant allusion à l’ex-première dame et à son frère ainé : « Rosine Honorine Vieyra qui partage sa vie depuis le 3 juillet 1958, est et reste son premier agent politique. Elle est très visible et envahissante, selon ses détracteurs. Le parti la Renaissance du Bénin lui doit son acte de naissance. Soglo chef d’État avait comme ministre d’État, premier des ministres, le beau-frère Désiré Vieyra, frère aîné de son épouse. Ministre d’État chargé de la Défense, il était l’œil et la main droite du président élu ». A lui seul, Olivier Boko est sans nul doute est un savant mélange de Rosine Soglo et de Désiré Vieyra.

La famille, les affaires et la politique

Olivier Boko a par excellence le statut du fidèle parmi les fidèles. Mis à part ses liens familiaux avec Patrice Talon (ils sont cousins), c’est un euphémisme de dire qu’il est un personnage central du dispositif du président de la République. Ce n’est d’ailleurs pas surprenant, qu’il ait été le compagnon d’infortune de Talon qu’il a suivi lorsque ce dernier a été obligé de prendre le chemin de l’exil. Dans l’affaire de la supposée tentative de coup d’Etat, il était comme Patrice Talon aussi suspecté. Selon La Lettre du Continent N°727 du 06 avril 2016, Olivier Boko est le « propriétaire de l’immeuble » qui a abrité « le siège de campagne de Cotonou » du candidat Patrice Talon.

…les affaires

Depuis le 03 novembre 2016, Olivier Boko remplace Patrice Talon au poste de président du conseil d’administration de Bénin Control Sa. Mais cette annonce a été précédée par un vrai cafouillage digne d’un vrai mélange des genres. En effet, le 02 novembre 2016, une annonce légale publiée par l’Agence de promotion des investissements et des exportations (Apiex) l’ex Gufe indique qu’un dépôt légal du procès-verbal d’une réunion du conseil d’administration de Bénin Control Sa consacre le renouvellement du mandat de Patrice Talon comme président du conseil d’administration de Bénin Control Sa. Le dépôt légal a été fait au greffe du tribunal de première instance de première classe de Cotonou le 31 octobre 2016 sous le numéro 16DA 5690. Face aux commentaires qui ont fusé, c’est trois jours plus tard qu’une seconde annonce légale précise la démission de Patrice Talon et son remplacement par Olivier Boko. Comme pour la première annonce, le dépôt légal de cette deuxième annonce a été fait au même greffe le 03 novembre 2016 sous le numéro 16DA 5720. L’inscription modificative a été portée au registre du commerce le même jour et Sous le numéro M2/16-3256. Si Patrice Talon martèle qu’il s’est éloigné de « ses affaires », Olivier Boko est lui plus que jamais au cœur de celles-ci.

…et la politique

Comme l’indique notre article du 09 septembre 2016 et titré « La guerre des clans autour de Talon », il y a aujourd’hui trois clans qui ferraillent autour de Patrice Talon. Et « si les intérêts des uns et des autres ne peuvent pas toujours être convergents, ils ont le Chef de l’Etat comme dénominateur politique commun ». Les acteurs de ces trois clans  « se marquent à la culotte loin des regards indiscrets ». L’un de ces clans, est celui formé par l’entourage familial du Chef de l’Etat et dans lequel on retrouve Johannes Dagnon, mais surtout Olivier Boko. Face à ce clan il y a les ouvriers politiques de la première heure c’est-à-dire Candide Azannaï et Cie d’une part, et les alliés de la coalition de la rupture d’autre part.

Jusqu’où ira ce duo ?

A moins d’un cataclysme, le duo Talon-Boko mènera la danse tout au long du seul et unique mandat de 05 ans que l’actuel Chef de l’Etat béninois a pris l’engagement de faire. Pour un président résolument dans l’optique depuis le 06 avril 2016 de prendre le contre-pied des esbroufes de son prédécesseur, le tandem qu’il continue de former avec Boko comme c’était le cas avant son élection est une posture qui surprend. Si ce fait ne suscite pour le moment aucun commentaire public d’une personnalité rompue aux arcanes du landerneau politique béninois, il peut aussi être un couteau à double tranchant surtout pour quelqu’un qui veut être un président exemplaire. Après presque 08 mois au pouvoir, Patrice Talon est un président sans opposant. Jusqu’à quand cette donne politique continuera-t-il ? Toujours est-il qu’il a déjà démontré sa capacité à minimiser les « petites voix » qui critiquent de plus en plus son action. Parmi les critiques, il y a celles du Parti pour la libération du peuple (Plp) qui le 18 novembre indexait entre autres le fait que Patrice Talon n’ait pas encore fait la déclaration de ses biens, la reconstitution de « l’empire Talon » et « des conflits d’intérêt ».

Bernado Mariano Houenoussi

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