Bénin : les conséquences politiques de la démission d’Azannaï
Candide Azannaï

Le départ de Candide Azannaï aujourd’hui du Gouvernement de Patrice Talon à moins d’une dizaine de jours du premier anniversaire de la prise officielle du pouvoir par ce dernier est un véritable coup de tonnerre politique. En effet, celui qui était depuis le 06 avril dernier le ministre délégué auprès du président de la République chargé de la Défense nationale, est la figure de proue principale des partisans de l’actuel Chef de l’Etat pour lequel il a pris fait et cause depuis 2011. Alors que le pouvoir s’est résolument depuis plusieurs semaines attaqué à l’aboutissement de son projet  de révision de la Constitution du 11 décembre 1990, le départ d’Azannaï aura forcément un impact politique. Et pour Patrice Talon, il y aura donc un avant 27 mars 2017, et, un après 27 mars 2017.

« Face aux derniers développements de l’actualité politique dans notre pays, j’ai décidé de remettre ma démission du Gouvernement ». Dans le message publié ce 27 mars sur sa page Facebook et dans lequel il a annoncé sa démission de l’Exécutif, c’est la principale justification mise en avant par Candide Azannaï pour motiver sa décision de quitter le navire gouvernemental. Mais en vieux routier du landerneau politique béninois et compte tenu de son poids au sein du régime actuel, il a nécessairement pesé le pour et le contre avant d’acter sa décision officialisée dans la journée de ce 27 mars.

La révision de la Constitution a du plomb dans l’aile ?

Depuis une vingtaine de jours et notamment avec la déclaration de Joseph Djogbénou le Garde des sceaux le 7 mars dernier et dans laquelle il disait entre autres que « le mois de mars sera celui de la révision de la Constitution » ce sujet est au centre de l’actualité politique. En indiquant que sa démission du Gouvernement avait été déterminée par les « derniers développements de l’actualité politique dans notre pays », il est évident que Candide Azannaï fait implicitement allusion à ce dossier. Or l’Exécutif doit compter avec la désapprobation d’une frange de l’opinion publique qui exprime clairement ses inquiétudes à travers des commentaires et  diverses interprétations qui découlent de la lecture de certains des nouveaux articles figurant dans le projet de révision. Si dans quelques jours, le front anti-révision qui se formalise peu à peu reçoit le renfort de l’ex-ministre de la Défense, Patrice Talon éprouvera davantage de difficultés pour faire aboutir cette révision constitutionnelle qui constitue la clé de voute de son quinquennat.

Le premier opposant à Talon ?

En démissionnant du Gouvernement, Candide Azannaï qui s’était muré dans un silence de plus en plus assourdissant depuis plusieurs mois a du coup repris sa liberté de parole. Désormais, il n’est plus tenu par une certaine obligation de réserve. Sa prochaine déclaration publique sera donc disséquée. Elle et celles qui suivront permettront de savoir la posture qui sera dorénavant la sienne. Près d’un an après que Patrice Talon soit devenu le quatrième président de la République depuis l’avènement du renouveau démocratique en février 90, le Chef de l’Etat actuel est un président qui n’a pas en face une opposition coriace. Or si celui qui est désormais son ancien ministre de la Défense en vient à prendre les devants d’une telle opposition, il bénéficiera d’une crédibilité certaine à cause de son rôle de premier plan dans l’accession de Talon à la magistrature suprême. De plus, le pouvoir sait que l’impatience des béninois est perceptible car ils veulent sentir les premiers résultats  de son action impulsée depuis avril 2016. Cette attente qui devient longue créé donc un terreau fertile à un mécontentement qui induit une fronde sociale qui n’attend peut-être qu’une vraie étincelle pour éclater.

Quid du reste du quinquennat de Talon ?

Patrice Talon qui rêve « d’être porté en triomphe » à la fin de son mandat n’a plus que quatre ans pour atteindre son objectif. A deux ans des prochaines élections législatives qui si le référendum sur la modification de la Loi fondamentale n’a pas lieu, seront son premier vrai test électoral il doit rapidement donner une réponse politique pour ne pas donner l’impression que son régime a accusé le coup induit par la démission de Candide Azannaï. Le remaniement ministériel qui serait dans les tuyaux et prévu après le premier anniversaire de son investiture, serait peut-être une réponse éventuelle. De plus si Azannaï n’y est pas allé par quatre chemins pour quitter le Gouvernement, son acte va aussi délier beaucoup de langues. Car c’est une brèche politique dans laquelle beaucoup d’acteurs politiques qui sont silencieux depuis plusieurs mois vont peut-être s’engouffrer pour envoyer leurs premières flèches à Talon. Lui qui a pris l’engagement de ne faire qu’un seul mandat, vit assurément un moment clé et surtout le premier véritablement délicat de son quinquennat.

Bernado Mariano Houenoussi       

Cette entrée a été publiée dans A-La-Une, Actualités, Politique, avec comme mot(s)-clef(s) , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Réagir