Panama: mort de l’ancien dictateur Manuel Noriega

ancien dictateur panaméen Manuel Noriega, 83 ans, est décédé ce mardi 30 mai 2017 à la suite d’une tumeur cérébrale. Ancien agent de la CIA, il a passé plus de deux décennies derrière les barreaux aux Etats-Unis pour des accusations de trafic de drogue, en France pour blanchiment d’argent, et enfin au Panama, depuis décembre 2011 pour la disparition d’opposants politiques sous son régime (1983-1989).

De notre correspondant régional,

Manuel Antonio Noriega était un pur produit de « l’Ecole des Amériques », centre de formation américain des élites militaires de droite dans les années 1970-1980. Après avoir contrôlé le Panama d’une main de fer entre 1983 et 1989, sa chute avait marqué la fin de 21 ans de régime militaire.

Norienga n’a jamais été président. A la mort en 1981 du général Omar Torrijos, alors chef de l’Etat, il était le pouvoir derrière le trône dans un pays où, comme dirait l’ancien président vénézuélien Rafael Caldera, « on arrive à la démocratie grâce à l’indifférence ou la faveur des militaires, mais jamais contre eux ».

L’ex-homme fort est pourtant devenu militaire par hasard. Fils d’un comptable et d’une femme de ménage, Noriega est né en 1934 dans un quartier pauvre de Panama City. Il est donné en adoption à un professeur d’école alors qu’il n’a que cinq ans. Après des études dans un collège de renom, il souhaite devenir docteur mais le manque de moyens le pousse à accepter une bourse de l’Académie militaire péruvienne.

Sous-lieutenant dans la ville de Colon, à l’embouchure Atlantique du canal, il est apprécié par un colonel alors inconnu, Omar Torrijos. Lorsque ce dernier se lance dans un coup d’Etat en octobre 1968 contre le président Arnulfo Arias, Noriega mobilise ses troupes en sa faveur dans la capitale provinciale de David. En décembre, alors que Torrijos est menacé lui aussi par une tentative de coup militaire, Noriega l’aide à reprendre le pouvoir. Son ascension devient dès lors irrésistible.

Collaboration avec les Etats-Unis…

C’est en 1971, sous l’administration de Richard Nixon, que les services secrets américains commencent à utiliser ses services. Noriega voyage à Cuba pour obtenir la libération de marins américains capturés par le régime castriste. Comme chef du G-2, les services de renseignement militaire, il est l’homme des basses besognes d’Omar Torrijos, qui en parle comme de son « gangster ».

En 1982, Noriega noue ses premiers contacts avec le cartel de Médellin de Pablo Escobar, selon le trafiquant Carlos Lehder qui le décrit comme un « autre policier corrompu ». A l’époque, le cartel de Médellin cherchait une route alternative aux Bahamas pour ses envois de drogue aux Etats-Unis. Ayant le choix entre « l’acheter ou le combattre », selon Lehder, le cartel choisit d’acheter le jeune officier qui négociera en 1982 et 1983 les termes de sa coopération.

La compagnie panaméenne de transport aérien Inair est utilisée pour les transports de drogue. A l’époque, Noriega recevait 1 000 dollars par kilogramme embarqué. Un nouveau contrat est établi pour l’usage de l’aéroport de Paitilla, le deuxième plus important du pays. Noriega exige alors 50 000 dollars par vol, puis 200 000 dollars, sans oublier 5 % de commissions pour chaque dollar blanchi dans la banque du pays.

… puis ennemi numéro un des Américains

Pour Noriega commence alors un double jeu dangereux entre le cartel de Médellin et les services de renseignement américains. Apprenant qu’il est le contact du cartel de Médellin au Panama, un responsable américain anti-drogue de haut rang recommande son élimination. Mais à l’époque, Noriega est encore utile.

En 1984, un an après son accession au poste de commandant en chef des forces armées du Panama, il favorise l’élection de Nicolas Ardito Barletta, un ancien vice-président de la Banque mondiale qui avait rejoint l’équipe du gouvernement militaire d’Omar Torrijos et Boris Martinez en octobre 1968 et avait notamment négocié la fin du contrôle américain sur le canal de Panama. Un an plus tard, Barletta démissionne face aux pressions de ce qu’il appelle des militaires « à l’horizon étroit recherchant le pouvoir ».

Noriega sera renversé en janvier 1989

En 1987, l’ex-général Noriega destitue le chef de l’état-major, Díaz Herrera, qui l’accusait de complicité avec la CIA dans la mort suspecte lors d’un accident d’avion du général Torrijos. Il affronte alors une forte opposition populaire, sans oublier les pressions de Washington pour ses liens avec le cartel de Médellin de Pablo Escobar.

Pour Noriega, c’est le début de la fin. En mai 1989, il annule l’élection présidentielle remportée par l’opposition et envoie ses tristement fameux « Dobbermans » et des forces paramilitaires mater les manifestations. Commandant les forces de défense du Panama, aujourd’hui démantelées, il perd le pouvoir lors de l’invasion américaine du 20 décembre 1989 lors de l’opération « Juste Cause ». Réfugié dans la résidence du nonce apostolique et cerné par les forces américaines, il se rend en 1990. Menotté, il est conduit aux Etats-Unis.

Les années de prison

Commence alors une odyssée judiciaire de plus de 20 ans. En 1992, Noriega est condamné à 40 ans de prison pour ses liens avec le cartel de Médellin. Sa peine est réduite en 2010 pour bonne conduite. Il est alors transféré en France où la justice l’accuse de blanchiment d’argent sale. Il est détenu à la prison de la Santé… où sa santé se détériore.

En 2011, il est renvoyé au Panama pour y être accusé des meurtres du médecin guérillero Hugo Spadafora et de l’officier rebelle Moises Giroldi, sans oublier la disparition de deux autres personnes dont l’activiste politique Heliodoro Portugal.
Condamné à 60 ans de prison, Noriega avait été autorisé à sortir provisoirement de sa cellule le 29 janvier dernier pour se préparer, chez l’une de ses filles, à une intervention chirurgicale. Son état de santé s’était brutalement dégradé après deux opérations visant à extirper une tumeur bénigne au cerveau. Il avait 83 ans.

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